GO NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
les des républiques du Pô , pussent mainte-nir l’ordre dans l’intérieur, et rendre dispo-nible une partie des garnisons que j’y avais.
État politique du reste de l'Italie .
Ces mesures étaient d'autant plus pru-dentes , que les affaires du reste de l’Italie présentaient un aspect peu rassurant. Lesnégociations avec Naples traînaient en lon-gueur; la politique du Piémont flottaitincertaine. Victor Amédée pouvait se rap-peler toute l’influence que son aïeul avaitprise en se déclarant, en nos, contre Louisxiv , alors que ses armées étaient sur l’A-dige, en face de celles du prince Eugène.Il avait plus de motifs encore pour le faire,et la situation étant la même, il pouvaits’en promettre les mêmes résultats.
Outre cela, les environs de Gênes s’agi-taient; et le sénat, obsédé, dit-on, desréquisitions de Faypoult, ne restait pasétranger aux troubles des fiefs impériaux.Le pape, revenu de sa terreur, ne songeaitplus à la paix. Venise surtout pouvait, ense déclarant contre les républicains, donnerune tournure fâcheuse à la guerre.
Craignant de réveiller le lion deSt-Marc,je cherchais de concert avec le Directoire ,par des propositions habilement motivées,à nous attacher la vieille république, dontle plus léger effort, dans la situation ac-tuelle des affaires, était capable de fairepencher la balance du côté de nos ennemis.En effet, qui répondait que le doge actuel,jaloux d’imiter les Morosini, les Dandolo et les Alviane, 11e se mit à la tète de 20mille hommes, et n'aidât puissamment lesimpériaux à expulser d'Italie cette poignéede braves qui venait soulever tant d’inté-rêts divers? Cette simple résolution n'eùt-elle pas décidé du sort de Mantoue , encou-ragé le roi de Naples, et ranimé celui deSardaigne , dont le pays, foulé par une
triple ligne d’étapes, était mal disposé pournous ? Déterminer le sénat ombrageux à sejeter franchement dans les bras de la France ,en lui peignant tour à tour les dangers dontil était menacé d’un côté par la propagande,et de l’autre par l’ambition de l’Autriche : encas de refus, l’endormir du moins par despromesses, et prolonger sa léthargie pardes protestations d’amitié, jusqu’à ce qu’onvit le moment de l’abattre par une révolu-tion populaire; tels étaient les moyens lesplus convenables, et que je mis effective-ment en jeu pour arriver à mes fins.
Le résultat ne répondit point à mes pre-mières espérances. En vain le ministre Lal-lement épuisa tous les arguments d’une.politique prévoyante et rusée : ni la propo-sition d’une quadruple alliance avec la Porte,l’Espagne et Naples, ni la crainte des em-piétements de voisins redoutables, ou ladépendance de l’Autriche et de l’Angleterre,ne purent ébranler l’impassible politiqued’un corps déjà frappé d’atonie dans toutesses parties. Confiant en sa propre faiblesse,il fallut toutes les instances de quelqueshommes prépondérants, tels que le grandprocurateur Pesaro , pour déterminer lesénat à ordonner la levée des milices escla-vones, et l’armement d’une flottille pour ladéfense des lagunes : mesures de sûreté in-térieure, dont nulle puissance n’avait droitde se plaindre, mais qui ne laissèrent pas denous causer quelques inquiétudes à l’épo-que où elles furent résolues.
La coïncidence de ces armements avec lerefus du pape de signer la paix, et l’arrivéeà Rome du marquis del Vasto, chargé parle roi de Naples de conclure une allianceoffensive et défensive entre les deux états,me fit présumer qu’une ligue italienne metomberait incessamment sur les bras, si leDirectoire ne se hâtait d’en finir avec Naples.Je le pressai donc de lui accorder la paix à