CHAP. IV. ANNÉES 1798 ET 1799.
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deuse, et pensait en outre qu’il serait blo-cjué par trois vaisseaux dans ce défilé d’oùil ne pourrait jamais sortir : il préférait te-nir la mer. Après avoir débarqué son maté-riel, il attendait des vivres pour ses équi-pages, et se mit en bataille serré à la côtedans la rade d’Aboukir, en attendant qu’ilpût reprendre la route de Corfou ou deToulon . Le i cr août, à la nuit tombante, il yfut assailli. L’amiral français crut pouvoirbraver en panne un ennemi qui, selon soncalcul, ne pourrait l’attaquer que de front.Mais Nelson fila audacieusement à traversdes bas-fonds entre notre ligne et la terre,coupa le centre, doubla et accabla la gau-che, tandis que la droite restait spectatricede ce ridicule combat. La bataille dura 36heures et se termina par la destructiondes trois quarts de notre flotte. L’amiralBrueys expia du moins par une mort glo-rieuse sa faute si funeste à la marine fran-çaise .
Résultat fâcheux de cet événement.
Quoique cette catastrophe changeât toutesles chances de notre expédition, elle ne nouslaissait pas néanmoins sans espoir de succès.Nous pouvions nous maintenir en possessiondu pays, si nous parvenions à rattacher leshabitants à notre cause. Avec de l’argent,des armes, des officiers, nous pouvions re-cruter nos légions comme les Mamelucks .Tous mes efforts se tournèrent vers ce but.A la vérité, deux obstacles majeurs se pré-sentaient : le premier était le blocus maritimequi portait atteinte au commerce d’exporta-tion, source de richesse de ce pays; ledeuxième était la religion. Le Coran ordonned’exterminer les idolâtres ou de les soumet-tre aux tributs ; il n’admet pas l’obéissanceet la soumission à une puissance infidèle;en cela il est plus favorable à l’esprit mili-taire que la religion chrétienne qui prescrit
de rendre à César ce qui appartient à César,et qui déclare que l’empire de Jésus-Christn’est pas de ce monde. Nous l’avons déjàdit, au x°, xi° et xn e siècles, les dogmes del’islamisme avaient opposé d’immenses en-traves aux croisés en Syrie , parce que lareligion étant l’objet de la guerre, elle avaitdégénéré en guerre d’extermination, oùl’Europe perdit des millions d’hommes. Siun tel esprit eût animé les Égyptiens en ms,nous eussions été perdus ; ma petite armée,qu’aucun fanatisme n’exaltail, et déjà dé-goûtée du pays, n’eût pas résisté six mois àune population de plusieurs millions deMusulmans exaspérés. Heureusement pournous que les préceptes du Coran avaientperdu de leur influence par les relationshabituelles des Égyptiens avec l’Europe . S’ily avait de la haine, elle n’était pas pousséeau degré de fanatisme du x° siècle. Je nedésespérais donc pas de me concilier lesImans, les Muphtis, les Ulémas, et tous lesministres de la religion musulmane . L’arméefrançaise , depuis la révolution, était indif-férente à tous les cultes ; en Italie même,elle n’allait jamais à l’église. Je fis valoircette circonstance pour persuader aux Mu-sulmans que mes soldats étaient autant decénophites, disposés à embrasser le maho-métisme. Les chrétiens de différents rites,assez nombreux, voulaient profiter de notreprésence pour se soustraire aux restrictionsimposées à leur culte; je m’y opposai, etj’eus soin de maintenir les affaires religieu-ses sur le pied existant. Tous les jours, ausoled levant, les cheiks de la grande mos-quée se rendaient chez moi ; on les y acca-blait de marques d’égards, et j’affectais dem’entretenir longuement avec eux de la viedu prophète des chapitres du Coran . J’as-sistai à plusieurs de leurs cérémonies, et enrespectant leurs usages et leur croyance, jeparvins à leur inspirer une grande confiance.
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