Band 
Tome premier.
Seite
114
JPEG-Download
 

114

NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.

Talleyrand néglige de satisfaire la Porte ; elle nousdéclare la guerre.

Par suite du même système, je travaillaisde tout mon pouvoir à calmer la Porte. Endébarquant en Égypte , j’avais essayé de luiprouver que mon expédition ne devait pointlui donner d’ombrage, que je ne venais quepour châtier les beys dont elle avait à seplaindre, pour ruiner le commerce des An-glais aux Indes, et rendre à l’Égypte l’en-trepôt de l’Orient. J’espérais que Talleyrand serait parti pour Constantinople dans lemême but, mais le renard avait trop peurdes Sept - Tours ; il trouva des prétextespour confier cette mission à un subalterne,resta à Paris , et laissa un libre champ auxefforts des ministres de Russie et d’Angle-terre. Cependant la Porte balançait encoreà se déclarer ouvertement contre nous ; ilne fallut rien moins que la destruction denotre flotte pour fixer ses incertitudes. Lei er septembre, Ruffin, notre chargé d’affai-res à Constantinople , fut conduit aux Sept-Tours, et la guerre déclarée.

Jusque là j’avais conçu de justes espéran-ces pour la réussite de notre projet de colo-nisation. L’Égypte , à part quelques incur-sions de Mamelucks , paraissait tranquille.La commission de savants qui m’avait suiviexplorait cet antique berceau de la civilisa-tion : des établissements scientifiques, for-més au Caire par leurs soins, contribuaientà charmer les ennuis qu’on éprouve sur uneterre si étrangère; d’autres concouraient àformer les ateliers, les fonderies, les pou-dres et toutes les ressources que les artsprocurent à la guerre.

La rupture avec la Porte vint troublerpéniblement ces heureuses apparences.

RévoUe du Caire .

La nouvelle de cet événement ne tardapas à se répandre en Égypte et y causa une

fermentation générale. Le chef des Musul-mans s’étant déclaré contre nous, nous n’é-tions plus que des chiens de chrétiens, qu’ilétait méritoire d’exterminer. Une révolte sé-rieuse éclata au Caire le 22 octobre. Le gé-néral Dupuis, qui y commandait, et près deôoo de nos officiers et soldats furent égorgés.Il devenait indispensable de sévir; mes trou-pes, campées autour de la ville, y pénétrè-rent, et firent un grand carnage de tousceux qu’elles y trouvèrent les armes à lamain. Après deux jours de massacre, lecalme fut rétabli, et cette sédition répriméene fit que consolider notre puissance enÉgypte. D’un autre côté, Desaix avait achevéla soumission de la haute Égypte , et gagné,sur les débris des Mamelucks , la bataille deSediman .

Expédition de Syrie .

Notre repos ne fut pas de longue durée :j’appris que les Turcs rassemblaient en Na-tolie une armée qui devait pénétrer enÉgypte en longeant la côte orientale de laMéditerranée. Djezzar, pacha de St-Jean-d’Acre , formait déjà des magasins pour lepassage de cette armée, qu’il devait renfor-cer par des troupes réunies en Syrie . Lemeilleur moyen de déconcerter ces projetsétait d’aller détruire ces préparatifs avantque l’armée ottomane fût à portée de sou-tenir Djezzar. En conséquence, je résolus demarcher en Syrie avec la partie de mestroupes qui n’était pas rigoureusement né-cessaire pour garder les côtes et maintenirla tranquillité en Égypte pendant mon ab-sence. Le 10 février, je partis du Caire avecles divisions Bon, Lannes et la cavalerie.Le 17, j’arrivai à EI-Arich où je trouvai lesdivisions Reynier et Kléber qui s’y étaientrendues de Salchich et de Damiette . Rey-nier avait déjà emporté d’assaut le villaged’El-Arich ; mais le fort se défendait encore.