Band 
Tome premier.
Seite
122
JPEG-Download
 

122 NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.

Négociations du prince Repnin à Berlin .

Le cabinet de St-Pétersbourg sentit toutl’avantage de sa position. et cédant à l’évi-dence des dangers qui menaçaient le sys-tème général de l’Europe , il envoya le princeRepnin d’abord à Berlin, puis à Vienne ,tant pour décider les deux cours à se désis-ter de toute indemnité en Allemagne , quepour aviser aux moyens de refouler l’ambi-tion du Directoire dans les limites tracéespar les traités.

Embarras de la Prusse.

Le premier objet de sa mission fut assezfacile à remplir, car Frédéric-Guillaume trouvait dans les termes mêmes du traité deCampo-Formio les moyens de recouvrer laGueldre , si l’on rejetait le système des in-demnités. Mais la Prusse, plus scrupuleusesur le second article, persista à garder laneutralité. Lejeune roi, animé de l’amourdu bien, s’exagérant les avantages de lapaix , ne s’attachait qu’à réparer les brèchesfaites à l’état par la dissipation de son père.Il demeura convaincu que la politique nelui imposait d’autres combinaisons que defaire respecter sa frontière et son pavillon,et de prospérer tandis que ses rivaux s’ap-pliquaient à se détruire. Des critiques sé-vères ont blâmé la gestion du comte deHaugwitz, son ministre; et malgré l’élo-quente défense publiée quelques annéesaprès parle célèbre Lombard, il n’est pas dé-montré en effet que le cabinet de Berlin aitapprécié toute l’étendue de ses avantages.Sans doute on ne saurait nier que la posi-tion de la Prusse ne fût délicate; elle étaitdans le cas de toutes les puissances du se-cond rang, lorsqu’elles se trouvent appeléesà tenir l’équilibre entre deux masses supé-rieures prêtes à se heurter. De quelque côtéque le cabinet de Berlin se déclarât, la ba-lance pouvait pencher de manière à rendre

ensuite tout contre-poids inutile, et il étaitnéanmoins embarrassant de rester specta-teur oisif du déchirement de l’empire, del’assujettissement de la Suisse et de l’Italie .Une médiation armée eût peut-être pré-venu de grands malheurs, bien mieuxqu’une stricte neutralité. Ces sortes d’inter-ventions , décidées à propos et dans un sensconvenable, sont le signe d’une politiquevaste et profonde : aussi toute la logique deLombard n’a-t-elle point réussi à persuaderque la Prusse ait fait, à cette époque déci-sive , des efforts proportionnés à ce qu’ellepouvait pour détourner la guerre qui allaitéclater. En se prononçant avec fermeté,franchise et modération, elle eût obligé leDirectoire à évacuer les territoires envahisdepuis la paix, et le cabinet de Vienne àmodérer ses prétentions.

Vues de l’Autriche .

L’Autriche , de son côté, quelque dispo-sée qu’elle fût à remplir ses engagements,ne pouvait se dissimuler la nécessité de poserles bases des rapports futurs entre les quatregrandes puissances. Elle ne pouvait qu’ygagner ; car si l’on ne tombait pas d’accord,elle n’entrevoyait que des chances heureusespour ses armes.

Ses espérances sur l’Italie .

La nouvelle de la défaite d’Aboukir et dela déclaration de guerre de la Porte à laFrance prouvait assez au cabinet de Vienne qu’il ne tenait qu’à lui, en rentrant en lice,de reconquérir l’Italie , dont la fortune sem-blait encore une fois remettre la destinéeentre ses mains. On y comptait bien 100mille Français depuis les Alpes jusqu’auTibre ; mais cette armée, dépourvue d’atti-rail, en proie aux besoins les plus pressantspar l’incurie et les dilapidations des admi-nistrateurs, forcée d’ailleurs de se dissémi-