126
NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
mont Brunig du côté de l’Oberland , et parle lac de Lucerne du côté du Nord. Une co-lonne, partie de Thoun, débarque à Brienz ,gravit le sentier du Brunig, et descend surSaxelen; une autre, embarquée à Lucerne ,se présente devant Stanzstadt. Deux ou troismille paysans exaspérés, avec une artilleriepeu nombreuse et mal servie, ne pouvaientrien contre une division de 7 à 8 mille hom-mes victorieux en cent combats ; mais, dansl’impossibilité de vaincre, la plupart vendentchèrement leur vie, et succombent en héros,après deux jours d’une lutte sanglante. Lesfemmes mêmes, saisissant les armes de ceuxqui tombent, reçoivent à leur tour une mortqu’elles ne savent pas donner, et augmen-tent le nombre des victimes, sans changerles chances du combat. Les Français, exas-pérés par le nombre de braves qu’ils per-dent, et furieux de recevoir des coups defusil de toutes les maisons, mettent le feu aubourg entièrement construit en bois ; il de-vient en un clin d’œil la proie des flammes,et le combat, après s’être prolongé dans lesdécombres, s’étend de proche en prochejusqu’à la vallée d’Engelberg . Tirons unvoile sur ces scènes d’horreur, aussi déplo-rables dans l’intérêt de la France que danscelui de l’Helvétie, et dont il ne faut accuserque le machiavélisme de quelques hommes.
Cette sanglante exécution indigna toutel’Europe ; les républicains furent révoltésque, des lambris dorés du Luxembourg , onosât proclamer la guerre aux chaumières,et imposer à coups de canon la métaphysi-que de quelques illuminés, à la place de lavieille liberté. Les hommes d’état de tousles partis rougirent que la noble France prostituât ainsi le sang de ses braves.
Schwitz et Uri, pour éviter le mêmedésastre que Stanz, prêtèrent le sermentexigé , et n’en éprouvèrent pas moins millevexations.
Les Autrichiens appelés parles Grisons .
Après cette triste expédition, il restait àdécider sur le sort des Grisons : celui desautres cantons n’était pas fait pour engagerles ligues à le partager. Les démarches deFlorent Guyot, ministre de France , l’exem-ple des Planta et des Salis-Seevis, ne purentdécider les patriciens à se soumettre enmême temps au régime populaire et au jougpolitique le plus onéreux. Vainement ils sol-licitèrent à Paris la conservation de leursantiques institutions et leur indépendance:la réponse de Talleyrand ne leur laissant pasd’espoir, ils s’abandonnèrent aux conseilsdes Salis, qui, dévoués à l’Autriche , réclamè-rent les secours du cabinet de Vienne . Ce-lui- ci s’empressa d’y porter un corps de 6 à 7mille hommes , stipulé par d’anciens traitésavec l’empereur Maximilien ; et le 19 octobreune division impériale entra à Coire .
Le Directoire français songe à compléter ses armées.
Dans le temps que ces événements se pas-saient, le Directoire , à qui le retour deFrançois-de-Neufchâteau prouva qu’il nefallait compter sur la paix qu’en faisant degrandes concessions, sentit la nécessité dese mettre en mesure. Ses armées ne présen-taient que des cadres appauvris ; elles re-grettaient l’absence des meilleurs régiments,qui se morfondaient sur les rives du Nil etdans les sables de la Syrie , aussi inutilementque jadis les troupes de Gui de Lusignandevant Ptolémaïs.
Loi sur la conscription.
La réquisition ne fournissait plus d’hom-mes , et d’ailleurs cette loi révolutionnairene pouvait plus être exécutée dans les cir-constances présentes.
Le Directoire , après avoir conféré avec lesmilitaires qui siégeaient au corps législatif,les pénétra de la nécessité d’assurer à l’ar-