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Tome premier.
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CHAP. VI. CAMPAGNES DE 1800 A 1802.

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justice à Abrial, puis à Régnier; l’intérieur,donné d’abord à Laplace, revint à monfrère Lucien, qui le céda à Chaptal; lapolice fut le lot de l’inévitable Fouché : leposte important de secrétaire-d’état, quiservait en quelque sorte de centre à toutesles branches du gouvernement, fut donnéà Maret, qui réunissait les talents d’unhomme d’état aux connaissances de la di-plomatie, et qui avait traversé sans tache larévolution.

Le vœu public venait de me donner lapremière place de l’état. La résistance qu’onm’avait opposée ne m’inquiétait pas, parcequ’elle ne venait que de gens perdus dansl’opinion. Les royalistes n’avaient pas paru.Ils avaient été pris sur le temps. La massede la nation avait confiance en moi, car ellesavait bien que la révolution ne pouvait pasavoir de meilleure garantie que la mienne.Je n’avais de force qu’en me plaçant à latête des intérêts qu’elle avait créés, puis-qu’en la faisant rétrograder, je me seraistrouvé sur le terrain des Bourbons.

Il fallait que tout fût neuf dans la naturede mon pouvoir, afin que toutes les ambi-tions y trouvassent de quoi vivre ; mais il n’yavait rien de défini dans sa nature. Les gensà théories, qui veulent du définitif, trouve-ront que c’était un défaut ; c’était au con-traire un mérite, car c’était une dictaturedéguisée, genre de gouvernement le plusconvenable dans les temps de crise et dansun ordre de choses transitoire. J’eusse peut-être mieux fait de saisir franchement la dic-tature; chacun aurait jugé mon pouvoir :cela eût mieux valu. La dictature aurait eul’avantage de ne rien préjuger pour l’avenir,de laisser les opinions en suspens, et d’in-timider l’ennemi en lui montrant la fermerésolution de la France ; mais le nom cho-quait, et l’instant d’un ordre de choses défi-nitif n’était pas encore venu.

Si je n’étais, parla constitution, que lepremier magistrat de la république, j’avaispour bâton de commandement une épée plusredoutable que le sabre de Scanderberg. Ily avait incompatibilité entre mes droits con-stitutionnels et l’ascendant que je tenais demon caractère et de mes actions. Le publicéclairé le sentait comme moi; la chose nepouvait pas durer ainsi, et tout se préparaitnaturellement à des changements qui au-raient pour but la force et la stabilité dansl’état.

Je trouvai des courtisans plus que je n’envoulais : mes antichambres en étaient en-combrées. Aussi n’étais-je nullement enpeine du chemin que ferait mon autorité.

Je propose la paix, qui est rejetée.

La situation de la France me donnait plusd’inquiétude. Malgré les chances que je mepromettais, je crus devoir demander la paix.Je le pouvais alors de bonne foi, parcequ’elle était une fortune pour moi, et queles malheurs précédents n’étaient pas monouvrage. Plus tard elle n’eût été qu’uneignominie.

M. Pitt la refusa ; et jamais cet hommed’état ne fit plus grande faute, car ce mo-ment fut peut-être le seul où les coalisésauraient pu la conclure avec sécurité. LaFrance , en demandant la paix, se reconnais-sait vaincue, et les peuples se relèvent detous les malheurs, excepté celui de ployersous le joug dans l’adversité.

Par son refus, le ministre anglais m’aobligé à prendre un plus vaste essor, et ila étendu mon empire sur toute l’Europe. Laforme du refus n’était pas moins extraor-dinaire que le fonds ; je m’étais adressé di-rectement au roi d’Angleterre : la lettredemeura sans réponse; le secrétaire desaffaires étrangères en fit une à Talleyrand ,dans laquelle il indiquait le retour des Bour-