CHAP. VI. CAMPAGNES DE 1800 A 1802.
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quand il sut, par les doubles rapports deHaddick et de Wukassowich, que j’avais60 mille hommes en Lombardie , il y renonça,et sentit qu’il fallait attirer à lui les 40 millehommes d’Ott et d’Elsnitz avant de hasarderune bataille. Ce dernier, qu’il avait laissésur le Var avec 17 mille hommes, et qui,malgré sa supériorité en nombre, n’avait puforcer la position de Suchet sur la droite decette rivière, reçut ordre de se mettre enretraite, pour gagner la tête de la vallée duTanaro , qu’il dut descendre ensuite jusqu’àAsti. Il fut prescrit à Ott d’en finir prompte-ment avec Masséna, ou de lever le blocusde Gènes pour repasser la Bochef ta, et volerà la défense du Pô vers Plaisance.
Le mouvement rétrograde d’Elsnitz com-mença le 28 mai. Suchet, dont les renfortsavaient porté ce corps à 12 mille hommes,le poursuivit vivement jusqu’au Tanaro , et,par des manœuvres habiles contre sa droite,le prévint au Col de Tende, coupa son cen-tre, et lui fit éprouver une perte d’environs mille hommes hors de combat. Les jourssuivants, Suchet, s’avançant par Finale surSavone , se porta au secours de Gènes, maisil n’était plus temps.
Masséna avait capitulé le 5 juin, aprèsavoir soutenu avec constance soixante joursde blocus rigoureux et une famine horrible.Dès le 3 mai, il était en pourparlers avec legénéral Ott , lorsque celui-ci reçut l’ordrede lui faire un pont d’or, s’il voulait serendre de suite, ou de lever le siège, s’ilparaissait vouloir prolonger sa défense. Cetincident épargna à Masséna l’acte de déses-poir auquel il s’était décidé plutôt que dese rendre prisonnier. Il avait résolu de sejeter en Toscane à la tète de sa colonned’affamés ; les ordres de Mêlas le sauvèrent.Les 8 mille hommes qui restaient encore de
la garnison française obtinrent libre sortie,6 mille seulement rejoignirent Suchet dansles environs de Savone .
Ott , tout fier de sa conquête, se hâta dejeter une forte garnison à Gênes , de re-passer la Bochetta, et de se diriger par lavallée de la Scrivia sur Tortone , dans l’in-tention de nous disputer le passage du Pô :mais il était trop tard, car Lannes le passaitau même instant, le 6 juin, à San-Cipriano,et Murat à Nocetto, près de Plaisance,après avoir facilement culbuté les détache-ments qui voulurent s’y opposer.
Je passe le Pô.
Les événements se précipitaient vers ledénouement. Je me trouvais déjà établi surles derrières de l’ennemi; mais il pouvaitencore échapper par la rive droite du Pô, endescendant jusqu’à Borgoforte, en face deMantoue . Il fallait donc lui ôter cette der-nière ressource. Je me décidai à passer lefleuve avec les divisions Watrin, Chambar-Ihac, Gardanne , Monnier, Boudet et la ca-valerie de Murat, ce qui formait un totalde 30 mille hommes ; le reste devait assurermes propres communications avec la Suisse ,et garder la rive gauche du Pô. La divisionChabran, devenue disponible par la capi-tulation du fort de Bard , se porta à Yerceilet fit occuper Yvrée, Chivas, Crescenlinoet Trino. Bethencourt continua à bloquerArona ; Moncey demeura dans le Milanais.Une de ses divisions fut postée à Pavie, uneautre bloquait le château de Milan , et latroisième occupait Crema et Brescia , pourtenir en échec les troupes autrichiennespostées sur le Mincio. La division Loisonbloquait Pizzighetone et le château de Plai-sance , observait le bas Pô, et couvrait lesderrières de mon armée. J’avoue que cetteposition était disséminée, et que l’idée d’en-velopper Mêlas, en voulant tout couvrir,