CHAP. VI. CAMPAGNES DE 1800 A 1802.
179
de longs cours, elle leur enlevait les pre-miers éléments d’une marine militaire, etles mettait ainsi hors d’état de soutenir leursystème colonial.
Déjà depuis six mois, les colonies deSurinam et de Demerari avaient été enle-vées à la Hollande sur le continent améri-cain ; les îles de Curaçao et de St-Eustacheeurent le même sort. L’amiral Popham ve-nait en outre de mettre à la voile avec uneexpédition pour la mer du Sud. Enfin, unarmement considérable, dont le généralPulteney devait commander les troupes, sepréparait dans les ports, et devait allerjoindre Abercrombie pour former quelquegrande entreprise. Tel est l’avantage d’unevaste puissance maritime; elle menace toutà la fois, et on ne sait sur quel point il fautl’attendre : elle frappe là où il lui convientet quand il lui convient.
L’expédition de Pulteney pouvait avoir envue la Hollande que nous avions dégarnie,pour former d’abord l’armée de réserveet ensuite l’armée gallo-batave qu’Auge-reau rassemblait vers Mayence ; elle pouvaitattaquer Anvers, Flessingue , Boulogne ,comme elle pouvait insulter l’Espagne oudescendre en Égypte . J’assemblai un corps àAmiens sous les ordres de Murat, dans l’idéeque la Hollande ou Anvers étaient son pointde mire. Ce corps se composait en partie degrenadiers réunis de tous les bataillons degarnisons dans l’intérieur. Mais Pulteneycingla vers les côtes d’Espagne , où il comptaitfaire à la flotte du Ferrol , ce qu’Abercrombieet l’amiral Mitchel avaient fait au Texel à laflotte batave. Pulteney, débarqué le 25 août,attaqua le fort St-Philippe et les hauteurs deBrion; mais l’amiral Moreno ayant mis àterre une partie des équipages de l’escadre,déjoua un projet quine paraissait calculé quesur une surprise et sur la négligence dans leservice qui règne parmi les Espagnols . Pul-
teney déjoué renonça avec assez de légèretéà sa tentative, et fit voile pour Cadix .
En même temps, Abercrombie, que l’ar-mistice rendait inutile en Italie , avait reçul’ordre de se présenter devant Cadix ; la jonc-tion des deux escadres se fit à Gibraltar .
A la tête de cette nouvelle Armada, lordKeith parut, le 6 octobre, devant cette richecité, alors en proie aux ravages de la fièvrejaune , et que ses malheureux habitantsavaient en partie désertée. Toutefois, moinsaudacieux que le célèbre d’Essex, il se con-tenta d’abord de la bombarder; le généralMorla, qui y commandait, lui opposa uneferme contenance. Enfin, Abercrombie s’é-tait décidé à mettre à terre une partie deses troupes, à la pointe de San-Lucar , etdéjà elles avaient commencé une attaque,lorsque l’ordre de se rembarquer les arrêtadans ce projet. On a dit que la crainte decommuniquer avec une population de pes-tiférés avait seule sauvé Cadix .
Ces deux entreprises, poussées plus àfond, eussent peut-être réussi : on ne com-prend pas qu’avec une pareille réunion demoyens, les généraux anglais n’aient faitque des démonstrations.
Pendant que la guerre maritime se pous-sait avec tant d’activité, rien ne se décidaitencore sur le continent. Cependant Thugut ,qui avait déjà quitté le ministère en 1797,pour ne pas traiter avec nous, avait feintde céder de nouveau le portefeuille aucomte de Cobentzel (4 octobre); mais ce-lui-ci étant parti quelques jours après deVienne pour Lunéville , où un congrès avaitdû se rassembler, il remit le portefeuille aucomte de Lehrbach, sous le nom duquelThugut continua à diriger les affaires.
Celui-ci se flattait encore de nous arra-cher l’Italie . Son armée s’était renforcée sur