CHAP. VI. CAMPAGNES DE 1800 A 1802 .
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ces. Elles étaient dans un désordre funeste;je m’appliquai à le faire cesser. Dix systèmesdestructeurs s’étaient succédé depuis M. deCalonne. Les recettes à la fin du règne deLouis xvi s’élevaient, selon le fameuxcompte rendu de Necker, à 480 millions, maisil y avait une dette portant l’intérêt de 260millions; il en restait à peine 220 pour sub-venir aux besoins de l’état qui se montaientà 380 millions outre la dette. On subvenaitau déficit annuel par des emprunts qui ag-gravent le mal lorsqu’on ne trouve pas àl’instant même une recette convenable pourles balancer ou même pour les amortir.L’Assemblée constituante , sous prétexted’économies, croyait avoir réduit les dé-penses à 530 millions ; mais cette réductionn’avait jamais existé que sur le papier, etn’était point un bien. Un milliard d’assi-gnats hypothéqués sur les domaines natio-naux avaient permis au ministère de mar-cher sans encombre jusqu’à la fin de 1791.Les apprêts de la guerre forcèrent à aug-menter successivement les émissions; et laseconde assemblée, pour se populariser, netrouva rien de mieux que de ne point forcerla rentrée des contributions, mais de recou-rir au moyen en apparence si commode dupapier monnaie. La convention fit de laplanche aux assignats un abus si ridicule,que la somme émise fut portée jusqu’à 50milliards, à mesure de leur dépréciation. Ilfut un moment où on donnait 12 à 15 millefrancs pour une pièce d’or de 24 francs.
Le Directoire avait d’abord rejeté ce pa-pier déprécié, et proclamé une premièrebanqueroute, en ordonnant l’échange d’as-signats contre des mandats à 30 capitauxpour un; mais personne n’eut confiance
[1] Selon le compte rendu , les besoins étaient de653 millions, y compris 260 millions d’intérêts, etc.,et les recettes de 472 millions ; le déficit de 161 mil-lions était couvert par un emprunt à 4 p. °/ 0 .
dans des chiffons qui ne faisaient que chan-ger de nom, et il fallut en revenir à fairetout le service public en numéraire. Cettetransition était un des points les plus déli-cats et les plus difficiles dans un temps decrise et de guerre à la fois intérieure etextérieure, surtout quand une guerre ma-ritime déplorable ruinait les ports, les co-lonies, et tout commerce d’exportation.
Pendant dix ans la dette publique avait étémal payée ou payée en assignats sans va-leur. Le Directoire se sentit hors d’étatd’acquitter en numéraire les 240 millions exi-gés tous les ans pour payer les prodigalitésde Louis xiv, du régent et de Louis xv . Ilimagina après le is fructidor de réduire ladette des deux tiers, c’est-à-dire à 70 mil-lions environ de perpétuel, et 10 millions deviager. Le reste fut remboursé en bonsadmissibles dans les aehats de biens natio-naux.
Cette seconde banqueroute avait ébranléle crédit au point que le tiers consolidé nevalait que 12 pour 100, et que les deuxtiers, payés en bons, étaient sans aucunevaleur.
Malgré cette annulation des deux tiers dela dette, le budget des besoins s’élevait en-core de 7 à 800 millions, c’est-à-dire à 300millions de plus que sous l’administrationde Necker [1]. Les besoins de la marine, del’armée, et les frais du gouvernement répu-blicain, causaient cette augmentation: à lavérité, les provinces de la Belgique , cellesde la rive gauche du Rhin, la Savoie et lecomté de Nice fournissaient au trésor unaccroissement d’impositions qu’on peut esti-timer à 60 millions.
Le Directoire n’avait jamais pu élever les
Si le Directoire eût ajouté les deux tiers de la detteremboursée au budget de 1799 , qui était de 780 mil-lions , cela eût fait 941 millions.