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Tome premier.
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CHAP. VI. CAMPAGNES DE 1800 A 1802.

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rétablir la religion catholique par le mêmemotif qui l’avait fait adopter à Henri îv ,deux siècles auparavant. Mais s’il importaitde rappeler ses ministres, il n’était pas moinsurgent de réfréner leur ambition. Il fallaitfermer l’accès de la république à cette ar-mée sans patrie, marchant sous la bannièred’un chef étranger, qui, pendant dix siècles,pour élever la tiare au-dessus des couron-nes, avait substitué l’ignorance, la supersti-tion, le fanatisme et l’intolérance, aux admi-rables préceptes de l’évangile. En un mot,il fallait rétablir la religion, des Fénélon , etnon celle des Loyola ou des Mouchy.

Moyen de le faire avec succès.

Pour atteindre ce double résultat, troismoyens s’offraient à mon choix : le premier,de remettre l’église gallicane sous la disci-pline de la cour de Rome, en limitant sesdroits de manière à ne lui laisser aucuneinfluence dans les affaires de l’état ; le se-cond, de secouer entièrement cet importunpatronage, et de profiter de l’espèce d’in-sousiance que la révolution avait inspiréepour les matières religieuses, afin de décorerun prélat français du patriarcat, en lui at-tribuant l’investiture canonique, et laissantd’ailleurs subsister le rite catholique danstoutes ses formes; enfin, le troisième étaitde déclarer les cultes catholique et protes-tant également à la charge de l’état, et defavoriser l’extension du dernier, déjà ré-pandu dans une partie de la France , sauf ày introduire la hiérarchie.

Chances en faveur de la réforme.

Le dernier moyen eût été peut-être plusapproprié aux futurs intérêts de la France et à ceux du parti qui avait triomphé dansla révolution. Quelques publicistes ont penséqu’il durait pu rallumer l’insurrection del’Ouest et mécontenter la moitié de la ré-

publique, qu’il importait précisément decalmer. Sans doute leurs craintes n’eussentété que trop fondées, si l’on eût voulu intro-duire la réforme par des voies rigoureuses ;car, malgré tout mon pouvoir, j’aurais bienpu échouer là où Henri yiii et Gustave Vasa avaient réussi : les grandes réformes reli-gieuses sont l’ouvrage des circonstances etde l’à-propos ; vouloir les forcer, c’est soule-ver les peuples et faire des martyrs au lieude prosélytes. Mais, loin qu’il fût questiond’imposer une loi aux consciences, il suffi-sait de les diriger avec douceur. Dans l’étatoù se trouvait alors le catholicisme enFrance , il est probable qu’on n’eût pas ren-contré un obstacle invincible à l’introductiond’un système qui eût placé la religion pri-mitive de Henri iv au niveau de celle deCharles îx .

Si j’avais pu prévoir que je descendraisdu trône en 1814 et ms, je n’aurais pointhésité à me prononcer pour la réforme.C’était en effet la plus puissante barrière àopposer au retour des Bourbons, principa-lement si cette réforme était adoptée par lamasse éclairée de la nation. Les Stuarts ontbien prouvé qu’il est peu de rapprochemententre une dynastie déchue et la nation quiprofesse un culte différent. Les hommesqui ont voulu comparer la restauration deCharles 11 à celle de Louis xvm, n’ont pascompris celte différence de situation. Mais,entraîné par mes vastes projets, je sacrifiailes avantages intérieurs à la politique exté-rieure.

D’un autre côté, toutes les facilités qu’onpouvait entrevoir à la propagation de la ré-forme n’étaient que conjecturales : il étaitpossible que, malgré toutes les apparences,l’inVoduction d’un nouveau système reli-gieux reveillât en effet les passions assoupies.

Mon pouvoir encore neuf avait besoin dese consolider; j’avais plus de motifs que