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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
Visite au cabinet de Frédéric-le-Grand .
Je ne pus me défendre d’un sentimentbien difficile à dépeindre en montant lesmarches du palais de Frédéric, et en visitantà Sans-Souci tous les lieux immortalisés parle grand roi. Il avait résisté sept ans à lamoitié de l’Europe ; en quinze jours sa mo-narchie était tombée devant mes aigles :ainsi vont les affaires des nations, selon lescirconstances et les hommes qui président àleurs destinées. Je trouvai dans son cabinetle pupitre de musique et un autre sur lequelétait l’art de la guerre de Puiségur. Le livreétait ouvert au chapitre intitulé du port del’épée : ce n’était pas sans doute celui queFrédéric lisait. Ma surprise fut extrême eny trouvant aussi le hausse-col, l’épée, laceinture et le grand cordon de ses ordres,qu’il avait portés dans la guerre de sept ans.De pareils trophées valaient 100 drapeaux,et leur oubli attestait le désordre et la stu-peur qui régnaient dans toute la Prusse aubruit de la catastrophe dont l’armée venaitd’être frappée. Je les envoyai aussitôt àParis pour être déposés aux invalides ; plu-sieurs de ces vieux soldats étaient contem-porains de la honteuse défaite de Rosbach;j’étais fier de leur envoyer ces preuves del’éclatante vengeance que j’en avais tirée.
Le 25 octobre, Davoust entra à Berlin , oùnous trouvâmes un arsenal superbe et d’im-menses approvisionnements. Notre marcheavait été si impétueuse que la capitale n’avaitreçu qu’un seul courrier de l’armée, et setrouvait, pour ainsi dire, dans l’état où leroi l’avait laissée en partant. On avait em-porté, il est vrai, les paperasses des archi-ves, mais on avait laissé tous les instrumentsde guerre. Le même jour la forteresse deSpandau , qu’on avait eu l’imprudence delaisser désarmée, se rendit au maréchalLannes. On trouva so pièces de canon dans
l’arsenal et 1200 hommes de garnison. Jem’étais rendu à la tête de mes gardes àCharlottenbourg pour soutenir Lannes; j’yrestai le 27 pour prescrire les mesures né-cessaires à la poursuite du corps de Hohen-lohe.
Je fis mon entrée à Berlin le 28; j’étaisdéjà entré triomphant à Milan, au Caire , àVienne ; mais, je l’avoue, nulle part je ne fusreçu avec plus d’empressement que chez cesmêmes Prussiens qui ont tant déclamé con-tre moi, sans se donner la peine de me juger.On m’accueillit plutôt en libérateur qu’envainqueur. A la vérité la classe bourgeoise,si nombreuse et si respectable dans les étatsd’Allemagne , me regardait comme le défen-seur des principes qui avaient triomphé dansla révolution; jalouse des prétentions de lanoblesse, cette classe ne prit aucune partaux gentillesses qui provoquèrent la guerre.
Hohenlohe quitte Magdebourg pour gagner Stettin .
La campagne d’Iéna et celle d’IIlm de-vaient servir de modèles un jour pour ap-prendre aux généraux l’art de réunir à pro-pos leurs forces et de les diviser ensuite,quand elles ont frappé. La destruction del’armée prussienne fut si extraordinaire quepour l’expliquer, je serai forcé d’entrer dansquelques détails.
Tandis que je marchais sur Berlin , Mu-rat, Soultet Ney avaient suivi les débris del’armée prussienne à Magdebourg . Le roi,jugeant avec raison leur position désespérée,prit le chemin de l’Oder et laissa le com-mandement en chef au prince de Hohenlohe avec le soin de réorganiser l’armée sous lecanon de cette importante place. La chosedevenait impossible, à moins qu’il ne voulûts’y laisser investir, ce qui eût été inévitable.Soult le suivait avec tant d’impétuosité que