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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
bre desquels se trouvait le jeune Suwarof.Ce fut le dernier événement de cette cam-pagne d’hiver.
Embarras de ma position.
Je voulus profiter de l’inaction à laquellela mauvaise saison me réduisait pour meraffermir dans ma position par la prise desplaces que j’avais laissées en arrière. J’avaisconsommé presque toutes mes munitionsd’artillerie; elles venaient de Magdebourg et de Custrin en poste ; il me fallait le tempsde les augmenter. D’un autre côté, la supé-riorité de l’artillerie ennemie m’avait décidéà faire venir de France toutes les compa-gnies de canonniers dont on pourrait dis-poser, et je leur donnai des pièces prussien-nes pour utiliser les munitions de ce calibre,que nous avions trouvées dans les arsenaux.Je fis même fondre nos pièces françaises surle même calibre à cet effet. J’attendais* aussiplus de 50 mille hommes de mes dépôts, oude ceux de mes alliés de la Confédérationdu Rhin .
Cette époque de repos au milieu de lavieille Prusse et de la Pologne est une desplus remarquables de ma vie; elle n’en futni la moins critique ni la moins glorieuse.
La visite du baron de Vincent et du géné-ral Neuperg, envoyés de l’Autriche à Var-sovie pour parler de médiation, me donnaitde justes craintes. Je tremblais qu’elle n’en-voyât 150 mille de ses médiateurs sur l’Elbe ,ce qui m’eût plongé dans un grand embar-ras. Je vis bien que j’avais fait trop beaujeu à mes ennemis. Plus d’une fois je re-grettai de m’étre laissé entraîner dans cescontrées lointaines et inhospitalières, etd’avoir si mal accueilli ceux qui cherchaientà m’en détourner. Le cabinet de Vienne eutà cette époque une occasion plus sûre etplus honorable de rétablir sa prépondé-rance, que celle qu’il choisit en im. Il n’en
sut pas profiter, et la contenance ferme queje montrai me sauva.
Il n’y avait pas jusqu’à l’Espagne , sur la-quelle je croyais pouvoir compter avec tantde certitude, qui ne me donnât la mesuredu danger auquel je me trouvais exposé. Aumoment où je fondais comme la foudre surl’armée prussienne à léna, cette puissancemenaçait de me rompre en visière. Le ca-binet de Madrid , qui avait à se plaindre demoi pour avoir vendu la Louisiane auxAméricains, et proposé les îles Baléares enéchange de la Sicile , fut d’autant plus indis-posé que le désastre de Trafalgar laissait peude chances heureuses à notre alliance. Enbutte aux reproches du commerce espagnol ,qui souffrait de la clôture des mers et de laprivation de ses rapports avec l’Amérique ,le prince de la Paix n’aspirait qu’à changerde politique pour rétablir sa popularité.
Ce ministre, ignorant comme le sont or-dinairement les favoris, s’exagérait beau-coup la puissance prussienne; parce quel’Espagne était toujours la même qu’autemps de Louis xv, il croyait la Prusse etla France aussi au temps de Frédéric. Me-nacé par le parti anglais, effrayé de la non-ratification du traité qu’avait signé d’Oubril,voyant en noir l’alliance de la Prusse , de laSuède, de la Russie et de l’Angleterre, con-tre moi, persuadé sans doute que l’Autriche ne tarderait pas à s’y joindre, il crut pouvoirrompre les liens qu’il avait contractés avecla France , et rendre ainsi à la nation espa-gnole le commerce maritime, après lequelelle soupirait. La chose eût été naturelle,s’il eût cherché à obtenir sa neutralité parune négociation ; il trouva plus simple deprofiter de l’embarras où il me supposaitpour lancer une proclamation ou un mani-feste qui, sans me désigner, n’était que Irop