CHAP. X. CAMPAGNE DE 1807.
551
évidemment dirigé contre moi. Huit joursaprès, il apprit la catastrophe d’Iéna, monentrée à Berlin , et la destruction de la mo-narchie qu’il croyait capable d’ébranler lamienne ; il s’empressa de charger le minis-tre d’Espagne près la cour de Prusse de cal-mer mon ressentiment.
L’Autriche offre son intervention pour la paix.
Pour achever de mettre le comble à mesembarras, il ne manquait que de voir l’Au-triche se déclarer ; elle avait certes plus demotifs fondés pour le faire que le cabinetde Madrid ; car celui-ci avait du moins avecmoi une communauté d’intérêt, celle de s’op-poser à la suprématie maritime des Anglais et de sauver l’Amérique qu’ils convoitaientdepuis un siècle.
Le cabinet de Vienne , au contraire, de-vait être séduit par la belle occasion quis’offrait de reprendre d’un seul coup de fdetl’Italie et sa puissance en Allemagne . Il étaittrop bien avisé pour ne pas en avoir l’envie ;mais divisé d’opinions, retenu par le partide l’archiduc Charles, qui redoutait laguerre, et trop formaliste, il voulut obtenirpar des négociations le temps d’armer et deproposer ensuite une médiation forcée. Enattendant, il offrait déjà son intervention etce qu’il appelait ses bons offices pour le ré-tablissement de la paix!
Je ne pouvais pas m’aveugler au pointd’être dupe ni de Stadion ni de Godo'i ; maismon rôle dans ces circonstances délicatesétait tout tracé; il fallut dissimuler monressentiment envers le favori de Charles rv,et louvoyer par un mélange de fermeté etd’adresse avec les conseillers de François i CI .
Les Anglais menacent Constantinople .
Je m’en applaudis d’autant plus que l’ap-parition menaçante des Anglais devant Con-stantinople pouvait aggraver notre position,
en amenant une paix entre les Turcs et lesRusses .
La nouvelle de l’invasion de Michelson enMoldavie , arrivant au divan en même tempsque celle de mes victoires en Prusse, avaitrelevé toute l’importance du rôle que Sé-bastiani jouait en Turquie ; il y acquit unegrande influence, et la justifia par l’usagequ’il sut en faire.
L’invasion des principautés, loin d’êtreimputée par le divan au crédit qu’il accor-dait à mon ministre, lui parut la justificationla plus complète des avantages de notrealliance.
Cependant l’Angleterre s’apprêtait à réa-liser la menace faite par son ambassadeur,de bombarder Constantinople ; l’escadre deDuckworth, qui avait bloqué le Ferrol , re-çut l’ordre d’entrer dans la Méditerranée,en prenant des troupes de débarquement àGibraltar. Elle croisait dans l’Archipel , prèsde Ténédos .
Le cabinet de Londres se croyait certainde l’effet que produirait l’approche de cetteflotte, sur un gouvernement qui avait tremblé à la simple menace qu’on en avait faite;il ne craignit pas de demander au divan :
i° Le renvoi de Sébastiani;
2 ° L’alliance de la Turquie avec la Russie et l’Angleterre ;
5“ La cession de la Moldavie et de la Va-lachie aux Russes ;
4° La remise provisoire des Dardanelles et de la flotte turque aux Anglais .
On a accusé ma politique d’être altièreet impérieuse; mais certes, je n’ai jamaisproposé à une puissance dont je voulaisfaire mon alliée de se déshonorer par la re-mise de ses forteresses : je l’ai tout au plusfait envers des ennemis vaincus. Si j’ai en-levé celles de Charles iv par surprise, je luiai évité l’humiliation de me les abandonnerlâchement.