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NAPOLÉON ALI TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
Passage des Dardanelles . Sommation l : aiteà Sélim.
Les ministres de Sélim rejetèrent de tel-les conditions. Arbuthnot s’embarqua clan-destinement à bord d’une frégate anglaise et s’en fut rejoindre l’escadre à Ténédos ,d’où il continua à négocier.
Les Turcs, toujours indolents etprésomp-tueux, perdirent ce temps précieux sansfaire le moindre préparatif pour augmenterla défense des Dardanelles . Confiants dansces énormes pierriers qui lançaient des pro-jectiles de 7 à s cents livres à une distanceconsidérable, mais que leur grandeur mêmeempêche de mouvoir et de pointer, ils né-gligeaient tous les avis que les officiers fran-çais leur donnaient. Enfin Duckworth, ayantbien pris ses mesures, et le vent étant devenutrès-favorable, profita d’un jour de fête oùles canonniers turcs se livraient au plaisir;il pénétra inopinément le 19 février dans lecanal, et après avoir échangé quelques bor-dées, il le franchit sans accident notable,brûla un vaisseau et quatre frégates enpanne à la pointe de Nagara, se présentadevant la superbe Bysance, et menaça de sesfoudres le sérail et la riche capitale des Ot-tomans . L’épouvante fut générale, et, siDuckworth avait su profiter de ce premierjour pour commencer l’attaque ou obtenirce qu’il demandait, il eût dicté la loi à laPorte, car il n’y avait pas dix pièces en bat-terie en état de servir.
Belle conduite de Sébastiani .
Les faibles ministres de Sélim décidèrentalors, d’une voix unanime, le renvoi de Sé-basliani et la soumission aux volontés del’Angleterre; le peuple leur répondit pardes cris d’indignation et de rage. Dans cesgraves circonstances, mon ambassadeur dé-ploya un grand caractère. Sélim envoya à
neuf heures du soir un des grands digni-taires de l’empire lui porter la résolution dudivan, lui témoigner les regrets qu’il enéprouvait, et l’assurer, que les cris de lamultitude dirigés contre sa personne attes-taient le danger auquel il s’exposerait enprolongeant son séjour à Constantinople .La réponse de Sébastiani fut noble. Repous-sant les soins qu’on voulait prendre de savie, il déclara qu’il ne partirait point si Sélimne l’y contraignait par la force, et qu’il at-tendait de sa part une résolution plus digned’un grand prince : » Dites à votre puissant« monarque, ajouta-t-il, qu’il ne voudra pasu descendre du rang élevé où l’ont placé ses<i glorieux ancêtres, en livrant lâchement à« quelques vaisseaux anglais une ville de" 800 mille âmes, qui a des armes, des mu-«i nitions, des vivres, et qui peut les fou-« droyer. « Sélim, digne d’apprécier cetteréponse, se sent électrisé; il prend la réso-lution de se défendre, et fait appeler Sébas-tiani au divan convoqué dans la nuit. Lessentiments généreux de Sélim passent bien-tôt dans le cœur de ses ministres, encoura-gés d’ailleurs par l’exaspération qui se ma-nifeste de plus en plus dans la capitale, àla nouvelle de ce qui se passe. Ce n’est pluscontre Sébastiani que cette effervescence estdirigée, mais bien contre les Anglais .
Il réveille l’énergie des Turcs.
Les ressources étaient grandes, surtoutdans le superbe arsenal de la marine; maisil fallait du temps. Tout est mis à la dispo-sition de Sébastiani , secondé fort à propospar quelques officiers d’artillerie et de gé-nie, envoyés par mes ordres de la Dalma-tie. Une superbe tente lui est dressée dansle jardin du sérail; de là il dirige à la foiset les travaux nécessaires à la défense etles négociations pour donner le change àDuckworth, afin de gagner quelques jours