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Tome premier.
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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.

ne pourrait jamais fonder aucun projetsolide. Autant j’avais tenu jusque-là à stipu-ler l’intégrité de l’empire ottoman , autantje me crus libéré de tout engagement en-vers des barbares qui ne respectaient pasleurs meilleurs princes.

Tribu conquérante descendue des mon-tagnes de Natolie pour envahir l’empiregrec, les Turcs sont des Tartares campésen Europe; ils n’ont rien d’Européen . Envain exalte-t-on les services qu’ils ont purendre à la France , en tombant à plusieursreprises sur la Hongrie et faisant diver-sion à la maison d’Autriche , alors toute-puissante : dans ces agressions, il n’y avaitrien qui fût raisonné dans un intérêt politi-que européen. Ils se jetaient sur la Hongrie et l’Autriche , comme ils s’étaient jetés jadissur la Romélie. Une seule fois la France sut les armer en faveur de la Pologne , dansun intérêt qui leur était encore particulier.Nos mœurs, nos usages, notre religion,tout est en opposition formelle avec ce quiexiste chez ces barbares.

Convaincu que, si l’on parvenait à les re-fouler en Asie , ce serait un bienfait pour legenre humain, je témoignai à l’empereurAlexandre que je ne serais point éloigné decoopérer à cette noble entreprise.

Je jugeais trop de la Turquie d’après nosétats européens; celle révolution, combi-née avec l’anarchie qui régnait dans tousles paehaliks, et qui semblait les porter àune émancipation de la Porte, me faisaitconsidérer l’empire ottoman comme prêt às’écrouler. Je pouvais avoir une riche partà ses débris : maitre de Corfou et des îlesIoniennes, je pouvais prétendre à la posses-sion de l’Albanie , de la Morée, des îles del’Archipel , provinces riches en mines, enforêts propres à la construction des vais-seaux , et fournissant une pépinière d’ex-cellents marins. J’assurerais ainsi mon in-

fluence dans tout le Levant ; je prépareraisdes moyens maritimes immenses : qui saitsi le beau rôle de restaurateur de la Grèce ne me serait pas réservé?

Stipulation particulière de Tilsit.

Toutefois, comme une telle opération en-traînerait à des débats qui retarderaienttrop notre réconciliation dont les basesétaient déjà posées, et que d’ailleurs je nepouvais opérer immédiatement le partaged’un empire avec lequel je me trouvais, sinon lié par des traités formels, du moinspar des rapports étroits et des convenancesréciproques, nous ajournâmes la questionà une autre époque, en promettant de nousréunir bientôt à cet effet. On arrêta seule-ment en principe que l’état actuel de l’em-pire ottoman serait provisoirement main-tenu , condition nécessaire pour ne pasdonner l’éveil, et surtout pour qu’aucunchangement ultérieur ne se fît que d’uncommun accord. Je consentis tacitement àce que les Russes continuassent à occuperles principautés jusqu’au Danube . De moncôté, j’occuperais la Prusse autant que cetétat provisoire durerait. Nous devions pro-poser, de concert, la paix à nos ennemisréciproques : la Russie offrirait sa mé-diation à l’Angleterre, et moi je l’offriraisaux Turcs : si nos propositions étaient re-poussées, alors nous agirions, d’un com-mun accord, dans le but proposé. Un traitééventuel pourvut au parti que nous aurionsà prendre, si les Anglais rejetaient la paix;et les bases de leur expulsion du conti-nent furent arrêtées. La Russie forceraitla Suède à leur fermer ses ports. De moncôté, j’obligerais le Danemarck, le Portu-gal et le pape à en faire autant. L’Espagne ,qui les avait déjà fermés, serait égalementtenue d’adopter le système de représaillesordonné par le décret de Berlin . On les