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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
tombait toute l’animadversion publique.Bien qu’il eût réparé sa faute envers moi,en envoyant le corps de La Romana au nord,je sentais bien que je ne pouvais trop comp-ter sur la continuation de son aveugle dé-vouement.
Dangers de celte défection.
Cependant ces menaces extraordinairesdu cabinet de Madrid mettaient à découvertun précipice jusqu’alors inaperçu, et dontje mesurai la profondeur. Non seulementmon système continental, mais encore toutmon système maritime s’écroulerait si ja-mais l’Espagne rentrait dans l’intérêt del’Angleterre. Je devais le craindre tôt outard, d’après ce qui venait de se passer,et j’avais plus d’une raison de m’en défier.A ce motif, qui intéressait vivement la pro-spérité de la France , se réunissait l’intérêtparticulier de ma dynastie. Si Charles ivavait abandonné les intérêts des Bourbonsde France , qui me garantissait que son suc-cesseur en ferait autant, et que Godoï lui-même ne renouvellerait pas une équipéecomme celle de iso 6 ? Que serais-je devenusi, enfoncé en Pologne avec toutes mes for-ces, un prince français, secondé de 100 milleAnglo-Espagnols, se fût présenté, à Bor-deaux ? En supposant même que j’en impo-sasse trop pour craindre pareille chose demon vivant, quel motif de troubles pourl’avenir, si jamais, après ma mort, la pénin-sule devenait l’appui d’un prétendant avecle secours de l’Angleterre! C’était le le-vier d’Archimède qui ébranlerait mon em-pire.
Si j’avais eu d’abord l’intention de détrô-ner la branche de Bourbon d’Espagne, etsi je n’avais eu que cet objet en vue, j’au-rais profité de mon alliance de Tilsit et desgriefs que la proclamation du prince de laPaix me donnait pour lui déclarer ouverte-
ment la guerre. Au fond, c’eût été le partile plus loyal et qui s’accordait le plus avecmon caractère ; mais il aurait produit pré-cisément ce que je voulais éviter : au pre-mier coup de canon tous les ports d’Espagne et d’Amérique eussent été ouverts auxAnglais , et l’influence anglaise établie pourlongtemps à Madrid, à Cadix et à Mexico .
Une idée moins romanesque et beaucoupplus convenable se présenta naturellementà mon esprit : c’était d’assurer pour tou-jours mon ascendant et mon influence surla péninsule, en cédant le Portugal à l’Es-pagne , et en lui demandant en échange lesprovinces situées entre les Pyrénées etl’Èbre . C’était tout ce que je pouvais dé-sirer de plus complet pour assurer madomination jusqu’au cœur de la monar-chie, la mettre dans ma dépendanceabsolue, et rompre à jamais les liens del’Angleterre avec le Portugal et par con-tre-coup avec l’Espagne .
D’occupation du Portugal est décidée.
Le Portugal se présentait naturellementcomme le premier échelon pour arriver aubut de l’entreprise. L’Angleterre y avait ré-tabli toute son influence et son monopole.Les premières démarches, faites à la suitedu traité de Tilsit pour obliger le princerégent à entrer dans la grande alliance,n’avaient eu d’autres résultats que de con-firmer à l’Angleterre la teneur des articlessecrets de ce traité. C’était à Londres quele prince allait demander la réponse qu’ildevait faire à mes sommations ! !
J’avais jugé, par les négociations de isoi,tout l’intérêt que le cabinet de St-Jainesprenait à ses relations avec ce pays, puis-que l’approche seule de l’armée du généralLeclerc avait plus fait pour décider la signa-ture des préliminaires que tout ce qui sepassait à la même époque en Europe .