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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR. ETC.
gai, continua à s’avancer. La cour éperdues’embarqua pour le Brésil , et me laissa sonroyaume en transportant une dynastie eu-ropéenne sur un trône américain.
Éclairé par la proclamation du 2 octobresur ce projet, j’avais prescrit à Junot defaire la plus grande diligence pour préve-nir cet embarquement; mais ma déclara-tion du 15 novembre annonçant que la mai-son de Bragance avait cessé de régner,insérée trop tôt dans le Moniteur, parvint,par Londres et par mer, en huit jours àLisbonne . Le prince régent, détrôné pal-mes décrets, fut tiré d’incertitude sur leparti qu’il avait à prendre, et ne crut pasprudent d’attendre mes troupes. Il s’em-barqua le 27 novembre, emmenant tout cequ’il put de sa flotte et un trésor de 500 mil-lions [1]. Les vents contraires le retinrentdeux jours dans le Tage ; nos troupes n’é-taient plus alors qu’à deux lieues de Lis-bonne où elles entrèrent le lendemain.
Junot mit une telle précipitation dans samarche, qu’il traversa, sans la moindre pré-caution, la contrée stérile d’Alcantara àCastelbranco, et les affreuses montagnes quiséparent cette ville d’Abrantès , où son ar-mée faillit périr. II ne se présenta devantLisbonne qu’avec 2 à 5 mille hommes quiressemblaient plus à des spectres qu’à desconquérants. Cette rapidité était comman-dée par le désir de prévenir l’émigration dugouvernement. Junoty attacha tant de prix,qu’il entra à Lisbonne suivi d’une faible es-corte, et fit même tirer sur l’escadre par-les batteries portugaises, tant était grandela terreur qui le devançait. Il n’en arriva pasmoins trop tard, etcettemarche imprudenteet précipitée ne contribua pas peu à nos re-vers ultérieurs dans ce pays, en montrant
[1] U emmena s vaisseaux, s frégates, 4 bricks, etlaissa 5 vaisseaux, 5 frégates, 12 goëleltes.
aux Portugais nos jeunes conscrits affamés,comme des adversaires peu redoutables,première impression qui ne s’effaça jamais.L’histoire des maux que cette armée avaitendurés aurait dûsuffire pour me détournerde mes projets, si je n’avais été entiè-rement trompé sur le caractère des nationsque je voulais soumettre.
Tandis que Junot volait ainsi aventureu-sement sur Lisbonne, le général espagnol Taranco prenait possession des provincesdu Douro , et le marquis de Solano péné-trait par l’Alentejo à Evora et Sefuval; unedivision espagnole, sous le général Caraffa ,avait suivi Junot à Lisbonne .
Dissension dans la {-'amine royale. Ferdinand proposede s’unir à la mienne.
A cette époque, des querelles domesti-ques scandaleuses flétrissaient la famille deCharles îv. Le prince de la Paix, abusantde son crédit, humiliait l’héritier du trône;et celui-ci, cherchant un abri contre lesvexationsdu favori, autorisées par son père,m’avait demandé la main d’une princesse dema maison dans l’espoir de s’assurer ma pro-tection. Malheureusement je ne pouvais dis-poser alors que d’une fille de Lucien. Sonpère s’était si mal conduit envers moi que jene pouvais guère l’en récompenser en don-nant un trône à sa fille, sur laquelle il exer-cerait plus d’influence que moi. D’ailleurs,je n’avais qu’une faible confiance dans lesdémarches de Ferdinand. Ce prince avaitépousé en premières noces la fille de la reineCaroline de Naples, la plus implacable demes ennemies: je savais que ce lien avait in-flué sur ses sentiments politiques, et que,par haine pour Godoï, il en voulait à laFrance qui le soutenait.
Cependant le faux pas récemment fait parle favori contre moi, et la demande d’uneprincesse de ma maison par Ferdinand,