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Tome premier.
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CHAP. XII. ANNÉES 1807 ET 1808.

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prouvaient assez que la haine de ce princeserait susceptible de changer : il m’appelaitdans sa lettre le grand homme du siècle.

La démarche du prince des Asturies était-elle légale; un prince héréditaire qui, sansl’aveu de son roi. établit des relations avecune dynastie étrangère, n’est qu’un crimineld’état plus coupable qu’un autre. Je différaid’y répondre; il fallait avant tout m’expli-quer avec mon frère Lucien.

Talleyrand m’excite à la guerre.

Talleyrand , dont l’orgueil égalait l’ambi-tion, avait quitté à la fin de i807 le départe-ment des affaires étrangères, pour prendreplace parmi les grands dignitaires en qualitéde vice-grand-électeur, charge qui fut crééepour lui, comme celle de vice-connétablel’avait été pour Berthier.

Une basse jalousie entraîna le vaniteuxdiplomate; et une question d’antichambrelui fit quitter un poste où il avait plus d’im-portance et de pouvoir, afin de ne passouffrir au-dessus de lui un rival qu’il dé-testait.

Habile à diriger une intrigue, Talleyrand était un homme d’affaires bien plus qu’unhomme d’état : il avait le travail facile etune manière lumineuse de présenter leschoses. Son travail me convenait, et je fistout pour le détourner du ridicule échangequ’il sollicitait. Il fut remplacé par Cham-pagny.

A l’époque du voyage ordinaire de Fon-tainebleau et des dissensions survenues dansla famille royale d’Espagne , il en était déjàà regretter d’avoir quitté son ministère : l’in-action le consumait, et il crut que je con-sentirais peut-être à lui rendre une espècede suprématie sur nos relations extérieures,tout en lui laissant sa nouvelle dignité. Ilm’accabla, à cet effet, de mémoires, denotes, de conversations, tendant à prouver

qu’il suffirait de me montrer avec 30 millehommes pour soumettre l’Espagne . Ainsil’Europe fut étrangement abusée, lorsque,sur sa parole, elle crut qu’il s’était opposéà la guerre.

Tournée en Italie .

Loin d’abonder dans ses idées, je voulaiscommencer par m’assurer de la ligne del’Ebre , et voir ensuite ce que les événementsamèneraient. Après la signature du traitéde Fontainebleau, je me rendis donc enItalie . J’avais plusieurs objets en vue dansce voyage : j’espérais que ma présence dansce pays donnerait à penser à l’Autriche , etla déciderait à enti er franchement dans lagrande alliance contre l’Angleterre. Ce butfut atteint, car le cabinet de Vienne netarda pas à prescrire au comte deStahrem-berg de quitter Londres , si sa médiationétait repoussée, et cetambassadeur quitta eneffet l’Angleterre dans les premiers jours defévrier.

Outre cela, j’étais bien aise d’en imposerau pape, et de le faire entrer dans une confé-dération italienne qui unirait Naples , l’Étru-rie, le royaume d’Italie et le pape, sous monprotectorat, à l’instar de la confédérationdu Rhin.

Entrevue avec Lucien.

Ensuite je voulais m’expliquer sur la pro-position que m’avait faite le prince des As-turies. Lucien avait été ambassadeur à Ma-drid , il connaissait cette cour; en mettantsa fille sur le trône, il eût pu y servir mapolitique; mais je demandais pour gage desa soumission qu’il se séparât de sa femme,dont la conduite n’était pas irréprochable,et qui avait été publiquement sa maîtresse.

Je tenais à allier mon frère à une desgrandes maisons souveraines. Cet acte desoumission eût été à mes yeux une garantie