Band 
Tome premier.
Seite
395
JPEG-Download
 

CHAP. XII. ANNÉES 1807 ET 1808.

595

coalisés avec le vice-roi d’Italie et le roi deNaples . Il s’y refusa.

Après la paix de Presbourg , une arméefrançaise entra dans Naples , et il me deve-nait plus nécessaire que jamais d’être sûrdes états romains pour communiquer avecelle. Cependant, sans s’inquiéter de l’aban-don de l’Autriche , le saint-père se livra auxconseils anglais . Des agents excitaient despeuples à la révolte : partout, depuis An-cône jusque sur les confins napolitains, onégorgeait nos soldats. Le général Bentinckavait organisé en Sicile le foyer de l’insur-rection, et son grand atelier était à Rome .J’en prévins le pape, et le sommai de fermerses ports aux ennemis de la France , de leschasser de Rome , et de faire franchementcause commune avec nous. Je renouvelaices démarches lors de mon voyage à Milan ,et ma proposition d’entrer dans une confé-dération italienne ne fut pas mieux accueil-lie. Le saint-siège répondit par des menacestout au plus pardonnables du temps deGrégoire vu.

Cet état de choses pouvait d’autant moinsdurer, qu’il faussait toute ma position enItalie, et qu’une poignée de Romains dégé-nérés sous le joug monacal, entravait toutce que je pouvais faire de grand en faveurde cette péninsule.

Déjà la Lombardie appréciait les effortsque je faisais dans l’intention de la régé-nérer. L’année était naturellement l’objetprincipal de mes soins ; rien n’était négligépour faire renaître le goût des armes dansce peuple abâtardi par trois siècles de do-mination étrangère : je ravivais l’amour dela gloire par de grands monuments. Leforum Bonaparte , entreprise digne desRomains, devait s’élever sur les débris dela citadelle de Milan . Le projet en avaitété tracé par le célèbre Antolini, mais sonexécution différée jusqu’à la paix : en at-

tendant, une arène magnifique et un cirquequi eussent fait honneur aux beaux sièclesde Rome furent élevés sur une partie dece même terrain. Le superbe arc de triom-phe du Simplon, projeté sur l’avenue deDomodossola , devait porter aux siècles lesplus reculés le souvenir de la campagne duSt-Bernard et la résurrection de la répu-blique italienne.

Les lettres étaient encouragées. On m’areproché de leur avoir imposé des chaînes,ou de les avoir flétries par des éloges com-mandés : c’est une absurdité ; la répressionde la licence ne sera jamais un obstacle auxbelles-lettres sous un règne glorieux ; et sides éloges furent adressés aux grandes cho-ses que j’entreprenais, c’est que les lettresne sauraient mieux s’ennoblir qu’en célé-brant tout ce qui est immortel.

Grandes vues sur ntalie.

J’avais d’ailleurs sur l’Italie de vastesdesseins. Celte longue presqu’île, avec laSardaigne, la Corse et la Sicile , ne comptepas moins de 1200 lieues de côtes; quoi-qu’elle ait dominé le monde par ses arméesde terre, elle paraît néanmoins bien plusappelée par la nature à briller sur les mers.Trop étroite et trop profonde comme puis-sance continentale, elle n’offre pas la sur-face nécessaire pour manœuvrer facilementsur l’un ou l’autre des versants de l’Apen-nin : les armées qui l’ont envahie n’ontjamais eu qu’à pousser de front les arméesqui la défendaient. L’ennemi venant dunord, et qui serait maître de Rome d’uncôté et de Pesaro de l’autre, posséderaitpaisiblement tout le pays qu’il laisseraitderrière lui, parce que l’armée italienne,refoulée dans la Calabre , ne pourrait riententer que par des débarquements. Commepuissance maritime, au contraire, l’Italie serait redoutable.