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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
que, dans les grandes entreprises, le suceèsjustifie tout; or le résultat de la miennedevait être si immense, que je sacrifiai touteconsidération pour la faire réussir.
Je me croyais d’autant plus certain de de-venir l’arbitre de l’Espagne , que La Romana,avec l’élite de l’armée espagnole, se trou-vait, comme nous l’avons dit, du côté duDanemarck, et que 25 mille hommes venaientd’entrer en Portugal avec Junol. Une révo-lution imprévue vint bientôt donner unaspect tout différent aux affaires.
La cour veut partir pour Séville .
N’ayant plus rien à ménager, et le Portu-gal étant agité par le bruit du partage,j’avais prescrit à Junot de prendre possessionde tout le pays en mon nom. C’était unedémarche toute naturelle pour en faire en-suite la cession projetée ; car, pour céderun pays, il faut bien commencer par consta-ter la propriété qu’on a obtenue par la con-quête. Cette atteinte apparente au traité deFontainebleau fut un coup de foudre pourGodoï et ses partisans, qui n’en pénétrèrentpas le motif. Combinée avec l’occupationclandestine des places, elle lui découvrel’abîme entr’ouvert sous ses pas. Il se rap-pelle sa proclamation, le procès de Ferdi-nand, le projet de mariage, et tremble de sevoir livré à toute ma vengeance. Il persuadeà Charles rv que j’allais le traiter comme leprince régent de Portugal . Dans cette idée,il l’engage à transférer la cour à Séville ,d’où elle serait à même de se défendre surla rive gauche du Tage , ou, si elle succom-bait, de fuir en Amérique .
On m'attribue le projet de la reléguer au Mexique .
On a accusé Godoï d’avoir tramé avec moila translation de la famille royale au Mexi-que , de même que la famille de Bragances’était réfugiée au Brésil . Deux circonstan-
ces suffiront pour démontrer la sottise deces allégations : la première, c’est le prixque l’Angleterre avait mis au départ deJean vi pourRio-Janeiro, et l’intérêt qu’elleeût trouvé à ce que Charles iv l’imitât. Laseconde, c’est l’opposition que mon ambas-sadeur Beauharnais mit à ce départ : à lavérité, je l’en blâmai plus tard, mais cela neveut point dire que j’eusse rien concerté depareil ; je ne reprochais à mon ministreque d’avoir mis des entraves à une résolu-tion inattendue qui eût simplifié la question,et m’eût rendu entièrement arbitre de l’Es-pagne , au lieu de me jeter dans les embar-ras inextricables d’une révolution.
Si l’émigration de Charles îv en Améri-que eût été mon premier but, on auraitdroit de me l’imputer à faute; je savais tropbien qu’il serait hasardeux de me présenteraux Espagnols , comme arbitre de leurs des-tinées, en apportant pour premier gage laséparation de leurs colonies. La tournuredes affaires pouvait amener ce résultat;mais il n’entra jamais comme base dans mesprojets. Au pis aller, j’aimais mieux voirles Bourbons à Mexico qu’à Madrid . D’ail-leurs, il n’était pas impossible que Charles iv,placé sur le trône d’Amérique , se liât parun bon traité avec la mère-patrie, et que cevaste empire d’outre-mer, revivifié sous ungouvernement direct et concentré, ne fûtà même de soutenir l’indépendance de sonpavillon et de son commerce. Si je n’attei-gnais aucun de ces deux buts, du moinspourrais-je imprimer un grand mouvementintérieur à l’Espagne pour lui donner desinstitutions plus vigoureuses, afin de tour-ner toute son énergie sur la guerre mari-time. En dernière analyse, il est certainque si l’Angleterre conservait rempireuniversel des mers, l’Amérique tombe-rait tôt ou tard dans sa dépendance;or, le seul moyen de lui disputer cet ern-