CHAP. XII. ANNÉES 1807 ET 1808.
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pire, était de s’assurer des ressources del’Espagne . Si, à l’aide de ces ressourcesbien dirigées, je parvenais à rétablir l’é-quilibre maritime et la liberté du com-merce, l’émancipation de l’Amérique tournerait aussi bien au profit de l’in-dustrie française qu’à celui des An-glais .
Quoi qu’il en soit, la nouvelle du départpour Séville, répandue en Espagne , devintl’étincelle électrique qui occasionna uneexplosion subide et terrible.
Les opinions n’avaient marché dans cepays qu’à l’égal du reste de l’Europe . Leslumières n’avaient pénétré ni dans la pre-mière ni dans la dernière classe ; ellesavaient concentré leur foyer dans les classesmoyennes de la petite noblesse, de la robeet du clergé séculier. Celles-ci sentaientl’abaissement de leur patrie, et rougissaientd’obéir à un gouvernement qui la condui-sait à sa perte. On les appelait les libéraux.
Révolution d’Avanjuez. Ferdinand proclamé roi.
Le bruit de mes projets, amplifiés et in-terprétés selon les passions des partis, fitfermenter les têtes. Les moines, craignantpour leur influence, se crurent perdus sij’étendais mon gouvernement jusque surl’Espagne ; car ce n’était pas le catholicismedu concordat qu’il leur fallait. Les libérauxfurent sensibles à l’humiliation de leurpays : tous crurent prévenir sa ruine parune conjuration.
Dans la nuit du 19 mars tsos, le peuplede Madrid se porte en foule à Aranjuez ,et demande la tête de Godoï; l’armée, lesgardes-du-corps mêmes sont, comme jadisles gardes-françaises, à la tête de la révo-lution. Le prince de la Paix, caché dans ungrenier, se soustrait aux recherches : heu-
reusement pour lui, on ne l’y découvre queplus tard, et on se contente de s’assurer desa personne, après l’avoir accablé de coups.Le vieux roi, éperdu et cédant aux cris dela multitude autant qu’aux insinuations desconspirateurs, abdiqua en faveur de sonfds. L’Espagne ne gagnait rien au fond àce changement; car le fils qu’on mettait surle trône eût laissé faire comme son père.Mais on se débarrassait d’un favori exécré,et c’était beaucoup pour la multitude quin’approfondit rien.
Murat, instruit des troubles d’Aranjuez ,s’était aussitôt dirigé sur Madrid avec 30 millehommes cantonnés en Castille ; il entradans cette capitale le 23 mars. Peu de joursaprès, Charles rv, revenu de sa stupeur,excité par Godoï et par la reine, rétractason abdication, et déclara qu’elle lui avaitété arrachée par la force. Il tenait peu à lacouronne, mais il tenait beaucoup à ce queson fils ne la gardât pas. Cette entrée deMurat à Madrid était une démarche impru-dente et prématurée. Le grand-duc de Bergse flattait d’occuper le trône de Charles-Quint , et le désir qu’il en avait le poussaitsans réflexion vers tout ce qui lui parais-sait propre à hâter un dénouement. J’étaissi peu décidé jusque là à un changementde dynastie, que, peu de jours avant cettenouvelle, j’avais fait remettre à Isquierdoles bases d’un traité qui céderait à Char-les iv le Portugal entier, contre un ter-ritoire équivalent entre les Pyrénées etl’Ébre ; je lui garantirais le reste de la-monarchie moyennant qu’il ouvrit lesports de P Amérique aux vaisseaux etau, commerce français .
Je n’ignorais pas que cette aliénation dequatre provinces pourrait rencontrer desdifficultés ; et la précaution de me mettre en