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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR. ETC.
suite, payant exactement les dépenses del’armée, ne laissant aucun grand détache-ment derrière nous pour occuper adminis-trativement le pays, et nous bornant à en-tretenir nos communications entre l’arméeet ses dépôts réguliers par de fortes colon-nes mobiles et des convois successifs. Cegenre de guerre n’eût pas permis de suivreimpétueusement les corps insurgés ; aprèschaque succès, il eût fallu faire une haltepour attendre les magasins, et se priverainsi de tous les résultats delà victoire. Onse fût promené militairement dans toutel’Espagne sans la soumettre; on n’eût étémaître que du terrain où l’on campait.
Le second était de nourrir la guerre parla guerre, de marcher avec vivacité pourdétruire toutes les masses organisées del’ennemi, en vivant au jour le jour des res-sources locales, comme nous l’avions faiten Italie, en Autriche , en Prusse, et en seménageant des réserves convenables pouroccuper et pacifier les provinces à mesurequ’on les aurait balayées. Ce dernier modepromettait des résultats plus prompts, plusdécisifs. Il nous faisait à la vérité de nom-breux ennemis par les dévastations indivi-duelles qu’il occasionnait, et que la fuite detoutes les autorités locales rendait encoreplus désastreuses. Cependant, malgré l’ir-ritation que ces excès produisirent et lesvengeances que les insurgés exercèrent parreprésailles, nous eussions finalement réussià ramener l’ordre et le calme, sans la coo-pération anglaise, sans la position du Por-tugal sur le flanc de notre ligne d’opéra-tions, et sans les avantages que soo lieuesde côtes donnaient à l’ennemi, maître dela mer.
En sacrifiant 3 à «m millions pour lessubsistances de mes troupes, en consacrantdeux ans à parcourir militairement l’Espa-gne , et commençant alors seulement à par-
ler de soumission et d’organisation, il estpossible que le premier moyen eût réussi.Le maintien du bon ordre et de la disci-pline, l’argent que la présence des troupeseût semé dans le pays dont le peuple estgénéralement pauvre et intéressé, nous yeussent fait peu à peu des partisans. Nouseussions pu offrir l’olivier ou le fer, d’unemain ferme et juste. Mais, en reconnaissantles avantages de ce système, il faut avouerque son application même était difficile.
La chose eût été fort aisée avec une ar-mée de 50 mille hommes, comme Vendôme l’avait fait sous Louis xiv ; alors les troisquarts de la nation étaient pour nous etpour Philippe v . Aujourd’hui la nation en-tière était levée; nous ne pouvions la sou-mettre et combattre à la fois les Anglo-Por-tugais, à moins d’avoir 200 mille hommesdans la péninsule: or, comment alimenterrégulièrement par des magasins une tellemasse d’hommes, dans un pays où il n’vavait pas moyen d’organiser d’autorités ad-ministratives dont les réquisitions fussentrespectées. Suchet et Soult l’ont fait par-tiellement pour des corps peu considéra-bles , et dans les contrées où la chose étaitsans doute plus facile. Tout cela ne duraqu’un moment.
Le second système m’avait toujoursréussi ; il menait plus rapidement à ladestruction des armées ennemies : il évitaitde surcharger les finances de la France desénormes dépenses d’une armée de 200 millehommes qui eût consommé solde, vivres,habillements, armement et munitions surun sol étranger, et occasionné ainsi uneeffrayante exportation de numéraire. Ondira sans doute que ce n’eût été qu’uneavance pour assurer durant un an le ser-vice et le maintien du bon ordre, qu’on eûtpu frapper à cette époque des contribu-tions régulières sur l’Espagne pour se faire