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NAPOLÉON AIT TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
CHAPITRE XXL
Invasion des alliés en Hollande , en Suisse et en France . Campagne de tsu en France et en Italie . Congrès deChâlillon. Batailles de Brienne, de Montmirail , de Provins , de Montereau , de Craonne , de Laon, d’Arcis.Marche des alliés sur Paris . Abdication de Fontainebleau . Bataille de Toulouse . Départ de Napoléon pourl’île d’Elbe.
Malgré tous les désastres qui m’acca-blaient aux Pyrénées, sur l’Adige et sur leRhin , j’espérais encore défendre longtempsle sol français . A la vérité, les efforts tentéspour nous maintenir sur l’Elbe , après labataille de Bautzen , avaient fait tirer del’intérieur tout ce qui était capable de por-ter un fusil. Je n’avais donc plus que defaibles ressources. II s’agissait de garnirnos cent places fortes, et nous n’étions plusau temps où les citoyens, se faisant unhonneur et un devoir de défendre eux-mêmes leurs remparts, n’avaient besoin qued’un bon chef à leur tête et d’un petit nom-bre de gens de guerre pour les seconder.Pour surcroît de malheur, les troupes, reti-rées derrière le Rhin , y avaient apporté untyphus mortel qui exerçait de cruels rava-ges. Mayence surtout fut encombré d’unefoule de malades ; et la contagion, s’éten-dant de proche en proche, gagna jusqu’àStrasbourg : les populations des deux rivesdu fleuve en furent même atteintes ; et ceuxde nos soldats qui y échappèrent, impor-taient avec eux un germe qui altérait leursforces. Cette armée offrait unautre spectacleque celui de l’armée qui passa le Rhin en isos,pour voler au-devant de celle de Mack.
Mais ce qui m’inquiétait le plus, c’étaitl’état de l’intérieur et la tiédeur de l’espritpublic. Autant j’avais trouvé la France ferme et résignée à mon retour de Moscou ,autant je la voyais inquiète de défiante enrevenant de Leipsick. Depuis les revers deVittoria et de Leipsick, l’approche desmasses de la coalition avait effrayé les uaset ranimé les espérances coupables desautres. Des intrigants, impatients de jouerun rôle dans les troubles de la patrie, s’a-gitaient dans l’ombre et cherchaient tousles moyens d’ébranler mon pouvoir; d’au-tres, dont la révolution avait renversé lafortune, aboli les privilèges, oubliaient quec’était à moi qu’ils devaient la conservationde la vie et la restitution d’une partie deleurs biens. Us aspiraient à voir le triomphede la coalition, pour ressaisir quelquesruines de castels et de portions de forêtsnon aliénées, ou pour s’abandonner plus àleur aise à des rêves de domination féodale .
Des comités royalistes se formaient surtoute la surface de l’ouest et à Bordeaux .
La perfidie et la trahison des intérêts de laFrance s’organisaient au sein des salons de 1la capitale, et se répandaient de là dans lesLandes comme dans le Boccage. I