CHAP. XVII. CAMPAGNE DE 1811.
157
sitait entre la retraite sur Séville , ou un se-cond combat, derrière Puerto-Real . aprèsavoir réuni la garde des lignes avec les déta-chements revenus de Médina, lorsque sesreconnaissances lui annoncèrent que l’en-nemi était rentré dans l’île de Léon.
Un mystère impénétrable couvre encorela résolution de Graham; à la vérité, soninfanterie avait cruellement souffert, et il seplaignait que La Pena ne se fût pas réuni àlui pour achever la victoire. D’un autrecôté enfin,Sébastiani, instruit de son débar-quement, rassemblait des troupes sur leGuadiaro, et pouvait ramener les chancesen faveur des Français . Toutefois le généralanglais était victorieux; il avait encore lemoyen de faire agir La Pena, le 6 et le 7,avant que Sébastiani pût arriver, et on neconçoit rien au motif qui détermina sa re-traite.
Soult court à Séville [mur le soutenir.
Soult, instruit à Badajoz du premier ré-sultat de cette échauffourée, laissa à Mortierle soin de soumettre Campo-Maioret Albu-querque, et prit à la hâte le chemin de Sé-ville avec quelques bataillons de sa réserve.U y apprit à la fois tout le danger que sonlieutenant avait couru, et le bonheur ines-péré avec lequel il s’en était tiré. Il appritaussi que le général Darricaud avait suffipour arrêter Ballesteros à la Niebla.
Cependant l’arrivée du général en chef àSéville ne fut pas inutile; car peu de joursaprès, le gouvernement espagnol , non dé-couragé du peu de succès de son entreprise,poussa de nouveau les corps de Lardizabalet de Ballesteros sur la capitale de l’Anda-lousie : le général Maransin fut assez heu-reux pour déterminer le premier à serembarquer à Moguer , et battre ensuitecomplètement le second à Frenejal le 12 avril.
Dans ces entrefaites, un orage plus mena-
çant grondaitaux environs de Badajoz . Mor-tier, après avoir soumis Campo-Maior etAlbuquerque du 16 au 21 mars, s’attendait àjouir paisiblement de ses conquêtes, lors-qu’il apprit noire retraite du Portugal etl’approche d’une partie considérable del’armée de Wellington.
En effet, Masséna, dont nous avons déjàretracé la position critique , n’avait plus àopter qu’entre deux partis, celui de voir sonarmée périr de famine et par le fer des An-glo-Portugais, ou de se résigner à l’humi-liation d’une retraite volontaire. Cette re-traite était épineuse par la nature du pays,l’insurrection générale de ses habitants, ledénûment absolu de l’armée, et la supério-rité en nombre de l’ennemi. Masséna pou-vait la diriger par la route de Coïmbre , parla vallée du Zézère sur Sabugal, ou parcelle de Castel-Franco. Il avait même lemoyen de faire descendre son équipage depont du Zézère dans le Tage , de franchir cefleuve, et de se porter par Portalègre surBadajoz . Ce dernier parti lui était conseillé;mais la crainte que Hill ne lui disputât lepassage l’en détourna. Il n’avait pas le tempsd’essayer cette opération, qui eût exposél’armée si elle n’eût pas réussi. La roule deCastel-Franco est trop mauvaise et traverseun pays stérile. Masséna se décida à pren-dre tout simplement la route qu’il avait sui-vie , craignant que celles de Sabugal et deCastel-Franco n’offrissent pas à son matérielles mêmes facilités. Jusque-là il n’y avaitrien à reprendre dans la conduite de Mas-séna, il avait montré la ténacité qui le carac-térisait; mais tout-à-coup on le vit flottersans projet bien arrêté. La route de Coïm-bre , allant d’abord du sud au nord et se ra-battant à l’est le long du Mondego, forme untriangle rectangle, dont leehemind’Espinhal