CHAP. XVII. CAMPAGNE DE 1811.
175
«lier siège. Dans la nuit du 24 au 25 mars,le fort Picurina, battu d’abord par une artil-lerie foudroyante, est enlevé d’emblée; laseconde parallèle est aussitôt établie, et lesbatteries de brèche construites les jours sui-vants jouent avec tant de succès, que le 5avril trois larges brèches se trouvaient déjàpraticables : l’assaut est ordonné pour lelendemain. Deux divisions assailliront lesbrèches, deux autres feront leurs attaquesdu côté opposé et vers le château, par lemoyen d’une escalade dont le but est plutôtde diviser l’attention de la garnison que deprendre la ville par un moyen qui réussit sirarement.
Toute l’attention de la garnison et ducommandant se portent en effet vers le côtéouvert; tous les préparatifs y sont faits avechabileté, et les Anglais , après deux assautsmeurtriers, se voient forcés à la retraite.Mais par un hasard inconcevable, les colon-nes qui doivent escalader le côté opposé auxbrèches parviennent à se loger sur le rem-part, et, pénétrant ainsi sur un point qu’oncroyait invulnérable, sèment l’épouvanteparmi nos braves, qui venaient de se couvrirde gloire. Un combat fort rude s’engagecorps à corps ; mais l’ennemi ayant déjàpénétré en forces dans la place, il devientimpossible de mettre aucun ensemble dansla défense des pelotons épars de la garnison,qui fut enfin forcée à se rendre après desefforts partiels. Le brave Philippon est àl’abri de tout soupçon ; mais il parait queses mesures ne furent bien prises que ducôté menacé, ou qu’un de ses officiers man-qua à son devoir. S’il avait eu une réserveconvenable et bien disposée, il est probableque ce malheur ne fût pas arrivé Les An-glais perdirent 200 officiers et 3409 hommestués ou blessés, preuve incontestable de lavigueur qu’on leur opposa, et des brillantsefforts qu’ils firent. Soult, arrivé le surlen-
demain à la tête de son armée, apprit lefuneste sort de la place, et rétrograda surSéville, que les Espagnols , profitant de sonabsence, menaçaient déjà.
La prise des deux places qui couvraient lecentre de notre immense ligne d’opérationsde Bayonne à Cadix était d’un funeste pré-sage. Marmont, supposant à Soult les forcessuffisantes pour sauver Badajoz , n’avait pascru devoir, comme dans le premier siège,accourir directement sur la rive droite duTage et s’avancer sur la Guadiana ; il pré-féra laver son propre affront en cherchant àreprendre Ciudad-Rodrigo et Almeida, qu’ilfit investir, et s’avança ensuite en Portugal jusqu’à Castel-Franco. Son projet était dedétruire le beau pont que les Anglais avaientà Villa-Ueha, ou, selon les circonstances, dedéboucher de là pour coopérer à la déli-vrance de Badajoz , en menaçant la ligne deretraite de Wellington. Si ce mouvementeût été concerté avec Soult, il eût été fortsage; mais isolé, il ne devait rien produire.A la nouvelle que Badajoz était tombé etque son adversaire revenait sur le Tage ,Marmont se rapprocha de ses dépôts , pourne pas opposer son armée à périr ou à sedisperser faute de vivres.
Insurrection de l’Amérique espagnole.
Plusieurs autres événements mémorablesavaient signalé l’année isu : l’insurrectionde l’Amérique espagnole par Miranda, lacréation de la république de Venezuela et de Caracas , des actes précurseurs de l’in-dépendance au Mexique et au Pérou , annon-çaient partout à cet hémisphère l’aurored’une nouvelle ère politique. Un contre-poidsformidable se préparait dans le Nouveau-Monde, et menaçait le système colonial quivalut aux Européens l’empire de l’univers.On était si occupé de moi en Europe , qu’onfit à peine attention à ces événements, qui,