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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
de penser que mes ennemis auraient mêlémon nom à cette trame, et qu’elle avait pucontribuer aux déterminations de monrival [i].
Propositions de paix à l’Angleterre.
Pendant qu’on délibérait et qu’on se pré-parait à la guerre à Pétersbourg, je négo-ciais avec Londres . Fort de la position avan-tageuse que m’assurent les deux alliancesimportantes qui placent presque toute l’Eu-rope sous mes bannières, je veux, avant dejeter le gant et de tirer l’épée, faire encoreun dernier appel à l’Angleterre. C’est ellequi est la cause première de la lutte qui vas’engager avec le Nord : c’est en traitantavec elle que je pourrai renoncer au sys-tème continental, et ajourner indéfinimentmes vues ultérieures sur la Pologne . Jecharge le duc de Bassano de rédiger, le17 avril, une note directe à lord Castlereaghpour lui proposer la paix.
[x] L’auteur a dû professer ici une autre manièrede voir que les écrivains qui ont affecté de chercherdes causes extraordinaires au changement de senti-ments de l’empereur Alexendre; car il ne faut pasaller si loin pour trouver ces causes. La réuniond’Oldenbourg et le traité de Vienne suffisaient; lapremière attentait à l’honneur de la famille d’Alexan-dre; le second attentait aux intérêts les plus mani-festes de la Russie . Politiquement parlant, celte réu-nion d’Oldenbourg était un enfantillage qui eût fortpeu importé affaire. L’héritier de cette principautéétait l’époux de la grande duchesse Catherine, femmeextraordineire par sa beauté, son génie, son esprit,et justement chérie de l'empereur Alexandre ; en ladépouillant par un simple décret impérial, sans au-cune négociation préalable, c’était blesser double-ment la famille de Holstein, qui occupe le trône dePierre-le-Grand . C’était une affaire de ménage quidut affecter profondément l’empereur Alexandredéjà très-mal disposé par le traité de Vienne. Il eûtfallu de grandes réparations' et de fortes indemnitésau duc et à la duchesse d’Oldenbourg pour faire ou-blier ce procédé. Depuis ces deux événements. lapaix n’était plus possible.
Nos différends ne roulent plus sur quel-ques colonies : ces petits intérêts secon-daires ont disparu sous l’immense prépon-dérance maritime de nos ennemis, et aumilieu des questions plus importantes quis’agitaient entre nous. Tous nos différendsactuels se rapportent à l’existence de l’Es-pagne, du Portugal et des Deux-Siciles . Jepropose de proclamer l’indépendance del’Espagne sous la dynastie régnante, de ren-dre le Portugal à la maison de Bragance,de laisser Naples à Murat et la Sicile à Fer-dinand. Ces questions semblaient fort aiséesà résoudre : et cependant c’étaient des ques-tions vitales pour l’Angleterre autant quepour nous. Proposer au cabinet de Londres de reconnaître Joseph, quand Wellingtonvenait d’enlever Ciudad-Rodrigo etBadajoz,et quand la prochaine guerre de Russie luipromettait des succès bien plus importants,c’était courir la chance probable d’un refus.
Lord Castlereagh demanda naturellement
M. Fain a débité de belles homélies sentimentalessur l’amitié d’Alexandre pour Napoléon, et n’a re-cherché que dans de petites passions la cause de l’al-tération de ses sentiments. Il aurait dû se rappelerque les intérêts de l’état l’emportent sur les affectionspersonnelles. D’ailleurs c’est un singulier ami pourun grand souverain , celui qui dépouille ses soeursde leurs étals, qui réunit la moitié de l’Europe sansen rien dire, qui menace son empire de le relégueren Asie , enfin qui exige la ruine du commerce deson alliée au profit du sien.
M. Fain eût mieux fait de dire comme son hérosl’a dit lui-même, à Ste-Hélène, que l’édifice élevépar Napoléon, dont le sommet touchait au Niémen ,était trop loin de sa base et trop frêle pour ne pass’écrouler après lui, s’il ne parvenait pas à affaiblirla Russie . 11 y aurait de la grandeur à convenirqu'on était trop puissant pour ne pas vouloir ache-ver cet immense édifice; il n’y a que de la niaiserieou du charlatanisme à présenter Alexandre commeune dupe ou un Céladon politique. Napoléon pouvaitdire comme Mahomet à Zopire :
Je me sens assez grand pour ne point rafouscr.