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Tome second.
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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.

ne s’obtient qu'à la fin de la journée, où lemoment de frapper est arrivé : cela dépenddes positions respectives. On peut seule-ment établir en principe général, que s’ilconvient à l’un des partis de brusquer ledénouement, il doit importer à l’autre de ledifférer : ainsi à Waterloo , le moment déci-sif pour Wellington était celui où il seraitcertain de l’approche de Blücher ; ainsi àMarengo, ce fut pour moi l’instant où Des-saix revenait de Rivalta : pour la partie ad-verse, il convenait donc de frapper dès lematin. Appliquant ces vérités à la bataillede Borodino, il est aisé de la juger. Nousétions à six heures en mesure devant lagauche de l’ennemi, qui avait le gros de sesforces à l’aile opposée; il fallait donc enprofiter vivement. Nous avons fait une fauteévidente de ne pas donner le grand coupde collier dès la première attaque , puisquenous avons laissé à Baggawout et à Oster-mann le temps de revenir au point menacé.

On voit par le récit que nous venons defaire que nous emportâmes la grande re-doute et les flèches de la gauche lorsquel’ennemi avait déjà ramené ses deux corpset sa cavalerie de la droite à la gauche, c’est-à-dire, après qu’il eut porté un renfort deplus de 40 mille hommes et 200 pièces decanon au point décisif. Cela prouve assezque nous eussions eu un succès plus com-plet si nous eussions, dès le matin, lancéNey et les Westphaliens sur les flèches, etDavoust, avec ses quatre divisions réunies,entre ces flèches et le chemin de Moscou ,appuyant à droite et se liant avec Ponia-towski. Nous emportâmes ces positionsquand la chose était plus difficile et moinsdécisive. Le vice-roi, affaibli d’une des divi-sions de Davoust, n’aurait eu alors qu’à seformer en ligne pour contenir l’ennemi etcanonner son centre, pour opérer diver-sion sans aller à l’attaque, qui devenait inu-

tile dès que nous aurions obtenu de grandssuccès sur la gauche.

Quant au reproche d’avoir refusé à Neyde lui envoyer la jeune garde vers onzeheures, il est constant que la chose eût étéopportune, mais il serait injuste de le con-sidérer comme une faute. L’ennemi mon-trait encore une contenance assurée; toutesnos batailles avec les Russes avaient étélongues, opiniâtres, sanglantes ; je pensaisqu’ils devaient avoir des troupes fraîches ,venant de leur droite; j’ignorais en outreque les gardes eussent été entièrement en-gagées : je ne devais pas engager mes der-nières ressources avant eux. Ce n’est pasà 800 lieues de sa base qu’on risque unepareille manœuvre. Ce fut pour n’avoir paseu une bonne réserve que Charles xu futforcé de fuir seul en Turquie , après labataille de Pultava. Après avoir reconnu lepoint décisif, j’allais en effet lancer Mortieravec la jeune garde, quand l’échauffouréearrivée à ma gauche vint suspendre l’exé-cution d’une attaque qui eût sans doutedécidé la victoire.

En jugeant la bataille d’après ce qui sepassait dans les deux armées, on peut direque la faute évidente fut d’avoir fait atta-quer la redoute du centre à dix heures parla seule division Morand. Si le vice-roi l’eûtassaillie, comme à deux heures, avec toutesses forces réunies, et qu’au môme instantj’eusse lancé la jeune garde au soutien deNey sur Semenofskoë, la victoire eût étécertaine et complète dès onze heures dumatin. Cet effort général n’ayant pas eu lieu,c’est à trois heures, après la prise delàgrande redoute du centre, qu’il eût été con-venable de l’entreprendre. Alors les troupesde Bagration , passées aux ordres de Doc-forof, avaient été presque toutes anéanties:celles de Doctorof même avaient été abî-mées dans la lutte avec le vice-roi et Grou-