CHAP. XXI. CAMPAGNE DE 1814.
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disputer le passage de cette rivière avec unede leurs armées, tandis que l’autre attaque-rait de vive force Paris . Ce n’était donc pasle moyen de sauver la capitale. Il ne me restaitplus qu’à me diriger sur la rive gauche de laSeine, avec l’espérance que Paris résisteraitassez longtemps pour me donner le temps d’yarriver en forçant de marche.Pour comble demalheur, la petite armée que je commandaisétait disséminée. J’étais moi-même avec legros à Vitry : un corps considérable quipoursuivait Wintzingerode avait poussé jus-qu’à Bar-le-Duc . Toute ma cavalerie légèreavait été jetée sur Chaumont pour inter-cepter la ligne d’opération des ennemis.L’empereur d’Autriche , qui s’y trouvait avecle quartier-général diplomatique et les ad-ministrations, se sauva en toute hâte à Dijon ,serré de près par nos partisans. Je désignaiTroyes pour point de concentration à tousces corps ; mais moi-même je revins le 27 ausoir à St-Dizier ; le 28, je me portai à Montie-render.
Situation pénible de mes affaires.
Cependant je n’avais pas encore perdutout espoir; je pensais que la vue des Cosa-ques au pied de Montmartre remuerait lescœurs, et que les Parisiens , oubliant mo-mentanément l’injuste défiance que je leuravait témoignée, tiendraient à l’honneur derepousser l’ennemi et de défendre jusqu’àla dernière extrémité les murs de la capitale.Cette populeuse ville pouvait facilementmettre sur pied 20 mille hommes de gardesnationales, ce qui, joint aux dépôts destroupes de ligne qui s’y trouvaient, et auxdébris des corps de Marmont et de Mortier,eut formé une armée de 40 mille hommespour garnir les fortes positions qui couvrentParis à la droite de la Seine : l’emplacementde quelques batteries avait été désigné surles hauteurs, et nous avions 200 bouches à
feu pour les armer, si l’on déployait l’acti-vité convenable.
L’occupation de la capitale n’étant pas,d’après ces calculs, l’affaire d’un jour, jeme flattai d’arriver encore à temps pour ra-viver la défense par ma présence et par lacoopération des troupes qui me suivaient :je pris la poste. Après avoir couru toute lanuit, j’arrivai à la Cour-de-France. Quellefut ma surprise d’y rencontrer le généralBelliardavec la cavalerie de Mortier! l’arméedes maréchaux le suivait de près-, Paris avaitdonc succombé.
Dans la journée du 29, les alliés avaientcontinué leur marche sur Paris par la rivedroite de la Marne, après avoir laissé lescorps de Sacken et de Wrède à Meaux pourcouvrir leurs derrières. Le 30, de grandmatin, les maréchaux Mortier et Marmont,arrivés la veille à Gharenton, se portèrentsur les hauteurs qui dominent Paris aunord. Renforcés par toutes les recrues desdépôts de la garde, ils avaient 20 millehommes sous les armes; mais la garde na-tionale que l’on ne sut pas utiliser, ne four-nit que 5 mille hommes pour soutenir lestroupes de ligne, et on ne mit en batteriequ’une faible partie de l’artillerie de positiondont on pouvait disposer : à cela près, onfit ressource de tout. La brillante jeunessede l’école Polytechnique , celle de l’école vé-térinaire d’Alfort, l’espoir de toute unegénération, se dévoua spontanément pourservir l’artillerie, qui n’avait plus guère quedes invalides mutilés pour la pointer. Si l’oncompare cette conduite à celle des habitantsde Vienne et de Berlin lorsque nous y en-trâmes, on trouvera que Paris déploya en-core plus de patriotisme qu’eux. Les alliésavaient 120 mille hommes; leur grande ar-mée attaqua les hauteurs de Belleville , tan-