CHAPITRE VII.
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M. Chevrenl, qui a étudié avec son esprit observateur les dunesqui se trouvent sur les bords de l'Océan, explique comme il suit leurformation, leur déplacement et la végétation qui s’v développe. Lesvents chassent les sables jusqu’à ce que ceux-ci rencontrent un ob-stacle ; il se forme alors un bourrelet ou une suite de dunes qui ar-rêtent les eaux, lesquelles s’infiltrent dans le sable et humectent labase des dunes. Ces eaux, par l’action capillaire, font adhérer entreeux les grains de sable et les fixent au sol. Les vents enlèvent seulementla partie supérieure, qui va former de nouvelles dunes en avant. Onconçoit, d’après cela, comment la végétation peut se développer dansles dunes, dont les bases sont humides.
A quelle cause doit-on attribuer la formation de ces vastes désertsde l’intérieur de l’Afrique? Le déboisement, comme on le verra plusloin, peut transformer, avec le temps, une contrée en terrains stériles,ou à peu près ; mais il ne peut être invoqué ici comme cause unique;il faut avoir recours à une grande cause géologique et à la constitu-tion même du continent africain.
Suivant M. de Humboldt (l), la grande catastrophe qui a ouvert ledétroit des Dardanelles et des Colonnes d’Hercuie, et a amené les eauxdans le bassin de la Méditerranée, paraît avoir privé les pays circou-voisins d’une grande partie de leur humus. Les auteurs grecs, dans leslégendes de Samothrace, indiquent la date de ce grand cataclysme;aussi, dans toutes les régions de la Méditerranée où il existe des cal-caires tertiaires et plus anciens, la surface du sol est, en grandepartie, unie et rocailleuse, tandis qu’il y a exubérance de végétationdans les lieux qui s’élèvent comme des îles, là où la roche, moins fis-surée, retient l’eau à la surface; le sol se couvre alors de terre végé-tale, comme les bords du lac d’Albano en sont un exemple.
Voilà pour ce qui concerne l’Europe.
Deux hypothèses ont été mises en avant pour expliquer les dé-serts de l’Afrique, véritables mers de sable; la première admet qu’ilsont perdu leur humus à la suite de grandes inondations produitespar l’éruption des eaux de l’Océan, ou par l’effet d’un cataclysme.Le sable, formé de parties mobiles et ne recevant aucune humiditéde réservoirs d’eau inférieurs, ni de rosées nocturnes à raison descourants d’air chaud incessants, est sans cesse déplacé par les vents,de sorte que la vie ne saurait s’y établir. 11 se passera donc bien dessiècles avant qu’elle ne se propage de la lisière verdoyante à l’intc-
(1) Tableaux de la nature, t. Il, p. 12.