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Des climats et de l'influence qu'exercent les sols boisés et non boisés / par M. Becquerel
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pendant que le sable des déserts. Les feuilles membraneuses, lancéoléeset aiguës des petites monocotylédonées ( famille des cypéracées et desgraminées) rayonnent vers les ‘espaces célestes, et ont un pouvoirémissif très-considérable, qui abaisse la température de la couched’air en contact avec elles de 7° ou 8° au-dessous de celle de la tempé-rature ambiante. C’est à cette cause frigorifique et à la condensationdes vapeurs qui en est la conséquence, qu’il faut attribuer, pendantune longue absence des pluies sous les régions équinoxiales, la fraî-cheur et la conservation de la végétation. Les simples graminées her-bacées et les arbres des forêts se trouvent dans des circonstances très-différentes. Les arbres refroidissent l’atmosphère autour de leurscimes, les couches refroidies descendent vers le sol, qui ne peutrayonner, tandis que les graminées se trouvent plongées dans l’at-mosplière dont elles ont abaissé la température et précipité l’humi-dité sous forme de rosée.

MM. de Humboldt et Bonpland, couchés sur l’herbe, par de bellesnuits des tropiques, dans les plaines de Venezuela et du bas Orénoque,ont ressenti une fraîcheur humide dans des lieux où les couches d’air,situées à 2 mètres environ au-dessus du sol, avaient une températurede 26° à 27°. Ce phénomène météorologique appartient presque exclu-sivement au nouveau monde.

Or, si l’on remarque que les llanos du bas Orénoque, du Méta etdu Guaviare ont 29,000 lieues carrées d’étendue (la France, y com-pris la Corse, n’en ayant que 17,ooo), que les pampas du ltio de laPlataet delà Patagonie en ont 135,200, que les prairies du Missouriet les plaines entre le lac des Esclaves et l’océan Boréal ont éga-lement une très-grande étendue, on pourra se faire une idée dela grandeur des effets du rayonnement nocturne produit dans lessavanes.

Relativement à l’action frigorifique des forêts, nous renvoyons lelecteur à la page 139, où cette question a été traitée; nous ajouteronsseulement que, lorsque le sol des forêts est marécageux, l’abri desarbres s’oppose à l’action solaire et devient nuisible au climat. Cesforêts gèlent profondément et forment ainsi de petits glaciers qui ré-sistent longtemps à l’action de la chaleur rayonnante.

Pour compléter le parallèle que nous avons essayé d’établir entrele nouveau monde et l’Afrique, nous rapporterons les causes qui, sui-vant M. de Humboldt, rendent le premier moins chaud que celle-ci :

« L’étroitesse du continent, si déchiqueté au nord des tropiques où« l’évaporation d’une vaste nappe d’eau tempère les courants d’air