DE LA CAMARGUE ET DE LA CRAU. 285
dans quelques endroits jusqu’à o m ,66 d’épaisseur. On aide à ce colma-tage naturel, en construisant des neys ou nays, qui sont de grandesfosses, pour faciliter le dépôt des terres tenues en suspension dansl’eau de la Durance.
Divers projets ont été proposés pour améliorer les terrains salés dela Camargue. M. de Gasparin (l) a proposé de combiner les troismoyens suivants : 1° les arrosages d’eau douce pour dessaler les terres,et l’application des machines à vapeur pour élever les eaux douces auniveau des terrains salés ; 2° les défrichements progressifs des pâtura-ges et les travaux profonds qui en résulteront ; 3° l’établissement d’unjuste rapport entre l’étendue des fermes et les ressources moyennes deslcrmiers, qui produira un accroissement de population dans le pays.
M. de Rivière a combattu, en partie, dans les Annales d'agricul-ture, les vues de M. de Gasparin. Il pense que, pour tirer parti desterrains salés de la Camargue, il faut rompre le sol par des laboursmultipliés et par l’emploi d’un amendement capable d’en tenir éloi-gnées les unes des autres les parties constituantes. Ces dispositions,suivant lui, permettent d’obtenir de belles récoltes pendant quelquetemps seulement, attendu que le sel n’est que déplacé, principalementdans la plaine comprise entre les pacages de la Cran, les coteaux vi-gnobles de Saint-Gilles et la Méditerranée, et dont l’étendue est de150,000 hectares. A l’époque où il écrivait, le quart de cette superfi-cie était en culture, un autre quart en marais, et le surplus, c’est-à-dire la moitié, était stérile.
Les terres cultivées sont recouvertes de substances végétales nondécomposées, telles que des roseaux, afin d’entretenir une humiditéconstante, seul moyen d’empôeher que le sel ne vienne effleurir à lasurface et ne nuise à la végétation.
M. de Rivière n’approuve pas le système actuel d’irrigation et delavage. La Camargue est entourée, dit-il, de fortes digues qui l'em-pêchent d’étre exhaussée et fertilisée par le limon du Rhône, sans querien la garantisse des eaux désastreuses de la mer, en sorte que lesvents du sud et du sud-est, qui soufflent vers l’équinoxe d’automne,avec les torrents de pluie qui tombent ordinairement à cette époque,causent l’inondation d’une grande partie de la surface. En dernièreanalyse, le projet exigerait une trop grande mise de fonds, un accrois-sement de population et la présence obligée des propriétaires, ce quel’on ne peut espérer, à cause de l’insalubrité du climat. 11 croit qu’a-
(1) Annales cl’agriculture, 2' série, t. XXVIII, p. 145; 1824.