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Des climats et de l'influence qu'exercent les sols boisés et non boisés / par M. Becquerel
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EFFETS DD DÉBOISEMENT. 545

delà de 35,000 bêtes à laine ; aussi les terrains ne tardent-ils pas àêtre épuisés, par la raison toute simple que, l’herbe étant maigre, lesmoutons broutent jusqu’à la racine, et que leur piétinement conti-nuel , en pétrissant le sol, détruit les plantes naissantes. Enfin, pourcompléter leur ruine, les habitants sont dans l’habitude d’enlever lefumier qui pourrait profiter au sol.

Le mal était devenu si grand, il y a une dizaine d’années, quebeaucoup de communes avaient pris le parti de mettre à la réserveles terrains ainsi ruinés, c’est-à-dire qu’elles les abandonnaient, pen-dant un certain nombre d’années, à la végétation spontanée qui netardait pas à reparaître.

Il est bien difficile, au surplus, de s’opposer à la dépaissance : ce seraitla ruine des Alpes; leurs pâturages, qui conviennent parfaitement auxmoutons, sous le rapport de la santé, de l’engraissement et de la qua-lité de la laine, sont recherchés des bergers de Provence, qui aban-donnent avec empressement leurs pâturages d’hiver, quand ils sontdesséchés par les chaleurs de l’été. D’un autre côté, les propriétairesne feront rien pour changer cet état de choses, parce qu’ils y trouventun revenu assuré, n’ayant aucune dépense à faire pour le percevoirannuellement.

Tout concourt donc à empêcher le reboisement dans les Alpes,qu’il est important cependant d’opérer. Dans tous les cas, le reboise-ment des Alpes sera une opération coûteuse et difficile, tant que leproduit des herbages l’emportera sur celui du bois.

Le déboisement des Alpes, au surplus, n’entraîne la destruction desmontagnes qu’autant qu’il y a ravinement produit par les eaux, ce quin’a lieu que lorsque le sol est tout à fait dénudé; mais il n’en est pasainsi quand des gazons bien entretenus recouvrent les pentes, et queles montagnes sont réservées à la pâture ; ces gazons forment des ré-seaux très-serrés qui s’opposent à l’enlèvement des terres, et par suiteau ravinement; mais il n’en plus de même, comme l’observe très-bienM. de Gasparin (l), à l’égard des pâturages fractionnés ou communauxet desséches partiellement. Avec le défrichement, tous les effets des-tructeurs se manifestent, parce que rien ne résiste à l’eau, qui entraînetout ce qui se trouve sur son passage.

Sur les terrains fortement inclinés, la culture ne peut durer quepeu d’années, alors il faut aller labourer autre part où les mêmes ef-fets se reproduisent. Voilà comment la dégradation marche rapide-

(I) Annule* de Vagriculture.