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Voyage en Suisse / par Xavier Marmier
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CHAPITRE -CINQUIÈME.

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siste dans leurs besoins, et souvent arrache à une mort imminenteles nombreux voyageurs qui traversent lorageux défilé des mon -tagnes.

Dans la saison la plus cruelle, quand le baromètre descend jus-quà vingt-sept degrés Réaumur, quand le ciel et la terre sont en-veloppés dans de lugubres ténèbres, quand la tempête amoncellesur les sentiers de lhospice des murailles de neige de vingt àtrente pieds de hauteur, les religieux sen vont matin et soir, ducôté de la vallée dAoste et de la vallée de Martigny , avec les do-mestiques de confiance, quon appelle les marronniers, et leschiens, ces braves chiens du Saint-Bernard, célèbres dans le mondeentier; ils sen vont jusquà une longue distance, regardant detous côtés, cherchant la trace dun pas humain, penchant loreillesur le sol, silscroient distinguer un cri dalarme, un gémissement,un soupir, et se dirigeant avec une nouvelle ardeur vers lendroitd cet accent sélève. gît un pauvre passager égaré, fatigué,à demi plongé dans la neige, et déjà peut-être à demi perclus; ilslui donnent, sil en est besoin, du pain et du vin pour le restau-rer, et le'soulèvent sur sa froide couche; ils laident à marcher, etquelquefois ils le rapportent jusquau couvent sur leurs épaules.« Souvent, dit un illustre protestant génevois, le loyal, le savantM. de Saussure, dont je ne puis mieux faire que de citer le té-moignage; souvent ils sont obligés duser dune espèce de violenceenvers les voyageurs qui, engourdis par le froid et épuisés par lafatigue, demandent instamment quon leur permette de se reposerou de dormir sur la neige : il faut les secouer, les arracher deforce à un sommeil perfide qui les conduirait infailliblement à lacongélation et à la mort. Il ny a quun mouvement continuel quipuisse donner au corps une chaleur suffisante pour résister a lex-trême rigueur du froid.

« Lorsque les religieux sont en plein air, dans les grands froids,et que la quantité de neige les empêche de marcher assez vitepour se réchauffer, ils frappent continuellement leurs pieds et