que l’Ile de Saint-Pierre, au milieudu lac de Bienne . Cette petite île,qu’on appelle à Neuchâtel l 'île de laMotte, est bien peu connue, mêmeen Suisse . Cependant elle est très-agréable et singulièrement situéepour le bonheur d’un homme quiaime à se circonscrire.
« Les rives du lac de Bienne sontplus sauvages et plus romantiquesque celles du lac de Genève, parceque les rochers et les bois y bordentl’eau de plus près; mais elles nesont pas moins riantes. Il y a moinsde culture, de champs et de vignes,moins de villes et de maisons; il ya aussi plus de verdure naturelle,plus de prairies, d’asiles ombragés,de bocages, des contrastes plus fré-quents et des accidents plus rap-prochés. Comme il n’y a pas, surces heureux bords, de grandes routescommodes pour les voitures, le paysest peu fréquenté par les voyageurs;mais il est intéressant pour des con-templateurs solitaires qui aiment às’enivrer des charmes de la natureet a se recueillir dans un silenceque ne trouble aucun bruit que lecri des aigles, le ramage entrecoupéde quelques oiseaux et le roulementdes torrents qui tombent de la mon-tagne. Ce beau bassin, d’une formepresque ronde , renferme dans sontudieu deux petites îles : l’une, ha-bitée et cultivée, d’environ unedemi-lieue de tour; l’autre, plusPetite, déserte et en friche, et quisera détruite à la fin par les trans-ports de la terre qu’on en ôte sanscesse pour réparer les dégâts queJes vagues et les orages font à lagrande. C’est ainsi que la substancedu faible est toujours employée auprofit du puissant.
® 11 U’y a clans l’ilc qu'une seuletuaison, mais grande , agréable etcommode, qui appartient a i’hôpi—i 1 ue Berne , ainsi que l’îlc, et oùdge le receveur avec sa famille etscs domestiques ; il y entretient uneombreuse basse-cour, une volièredes réservoirs pour les poissons,j le > dans sa petitesse, est telle—var *èc dans ses terrains etls ses aspects, qu’elle ofl'rc toutes
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sortes de sites et souffre toutes sor-tes de cultures. On y trouve deschamps, des vignes, des bois, desvergers, de gras pâturages ombragésde bosquets et bordés d’arbrisseauxde toute espèce, dont le bord deseaux entretient la fraîcheur. Unehaute terrasse plantée de deux rangsd’arbres enlace l’île dans toute salongueur, et dans le milieu de cetteterrasse on a bâti un joli salon, oùles habitants des rives voisines serassemblent et viennent danser lesdimanches durant les vendanges.Une de mes navigations les plus fré-quentes était d’aller de la grande ala petite île, d’y débarquer et d’vpasser l’après-dlnée, tantôt à despromenades très - circonscrites aumilieu des marceaux, des bourdai-nes, des persicaires et des arbris-seaux de toute espèce ; et tantôtm’établissant au sommet d’un tertresablonneux couvert de gazon, deserpolet, de fleurs, même d’espar-cetles et de trèfles, qu’on avait vrai-semblablement semés autrefois.
« Quand le lac agité ne me per-mettait pas la navigation, je passaismon après-midi à parcourir l’île,m’asseyant tantôt dans les réduitsles plus riants et. les plus solitaires,pour y rêver à mon aise, tantôt surles terrasses et sur les tertres, pourparcourir des yeux le superbe et ra-vissant coup d’œil du lac et de sesrivages, couronné d’un côté par desmontagnes prochaines, et de l’autre,élargi en riches et fertiles plaines,dans lesquelles la vue s’étendait jus-qu’aux montagnes bleuâtres plus éloi-gnées qui la bornaient. Dès que lesoir approchait, je descendais descimes de l’ile, et j’allais volontiersm’asseoir au bord du lac sur la grè-ve, dans quelque asile caché; là, lebruit des vagues et l’agitation del’eau, fixant mes sens et chassant demon âme toute autre agitation, laplongeaient dans une rêverie déli-cieuse, où la nuit me surprenait sansque je m’en fusse aperçu... En sor-tant d’une de ces longues et doucesrêveries, me voyant entouré de ver-dure, de fleurs, d’oiseaux, et laissanterrer mes veux au loin sur les ro-2 S.