38
i, ouur.
Après avoir faitdeux lieues et être descendusenviron cent cinquante toises, nous avons vusortir l’Orbe tout entière d’un rocher perpen-diculaire ; elle forme dès lors un courant rapidede quinze à vingt pieds de large sur quatre oucinq de profondeur, d’une eau parfaitementlimpide, glissant sur un fond de mousse duplus beau vert: c’est l’isue inférieure des en-tonnoirs du lac de Joux , traversant ainsi lamasse du rocher par le moyen de ces immensesgrottes qu’on trouve partout dans les rocherscalcaires. Nous nous arrêtâmes un moment auxforges établies sur l’Orbe, pour admirer la rapi-dité du mouvement et la force des marteauxqui écrasent en un moment le fer rouge qu’onleur présente.
L’Orbe fertilise une belle vallée en pente quenous parcourûmes rapidement, passant prèsdes ruines du château Desclées, de tragiquemémoire, et d’Orbe, qui ne l’est pas moins.Dans les terribles guerres du quinzième siècle,où le bourreau faisait couler autant de sang queles soldats, le château d’Orbe fut pris d’assautpar les Suisses , après une défense opiniâtre.On se battit, dit M. Ebel, sur les escaliers,dans les corridors, dans la grande salle, dansles greniers, et jusque sur les créneaux. Lagarnison finit par se réfugier dans la principaletour, où les Suisses la suivirent, et où s’engagea,