ÎOO
LES REGICIDES.
de pied à la porte, et saisi par le pouvoir civilqui l’attendait là pour le conduire au bûcher, (i)
Notre guide, bon Suisse , souriait de pitié etlevait les épaules en nous débitant sa leçon.Quel changement le temps n’apporte-t-il pasdans les opinions humaines! Des cent mille per-sonnages illustres qui se réunirent à Constanceil y a justement quatre siècles, quelques uns,sans doute, désapprouvèrent les mesures duconcile; mais assurément, dans ce temps-là,elles ne se présentaient à aucun esprit sous unpoint de vue purement absurde et ridicule; ellesn’eussent provoqué de la part de personne, etsurtout d’un homme du peuple, le mépris et lapitié. Ce même guide souriait encore, et de lamême manière, en nous montrant deux Fran çais qui se promenaient ensemble : Voilà deuxdes régicides, nous dit-il. Vous en avez beau-coup ici ? dîmes-nous. Oui, autour de vingt-quatre bons vieux comme cela. Ils se promènenttoujours ensemble ; on les laisse tranquilles, çane fait de mal à personne. Quoi déjà ! Des
(i) Le manteau de Jean Huss étant tombé pendantqu’on le chassait si brutalement, échappa au feu : c’estune serge râpée, d’un mauvais noir, qui a bien l’aird’avoir appartenu à un pauvre savant du quinzième siècle ;nous en prîmes un morceau : mais l’histoire de la vraieplume de l’abdication de Fontainebleau in’a rendu méfianten choses de cette nature.