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en a presque aucun qui 11e se soumette auxrègles et à l’ordre ; mais ils ne se soumettentpoint à être maltraités ; enchaînés et mis aucachot, ils y deviennent furieux. J’ai vu, aunouveau Bethlem à Londres , une malheu-reuse femme travaillant tranquillement à l’ai-guille, décemment vêtue, très folle, mais pointfurieuse, laquelle avait été enchaînée dix ansà la muraille dans l’ancien Bethlem , et de plusles mains retenues dans les longues manches ,pour l’empêcher de déchirer ses vétemens. Lors-que cette malheureuse et les autres individusdans la même situation furent débarrassés deleurs fers, on les vit, dans les transports de lajoie, se livrer à toutes sortes de folles démons-trations, auxquelles on ne mit aucun obstaclejusqu’à ce qu’ils se portassent à des excès; saisissur-le-champ et remis aux fers jusqu’au len-demain, l’expérience fut répétée ainsi chaquejour avec plus de succès, jusqu’à ce qu’enfinsentant à quelle condition ils pouvaient jouirde leur liberté, ils surent s’y soumettre : celaest tellement vrai, que la section des incura-bles est la plus tranquille, ceux qui y sont placésayant eu le temps d’apprendre à être fous dé-cemment. Autrefois on traitait les fous commedes criminels, c’est-à-dire avec cruauté : à pré-sent on traite les criminels comme des fous,enfermés pour qu’ils ne fassent poirtt de mal,