I)E LA NATURE ET DE L’EFFET DES ÉCHANGES.
337
pour consommer l’argent qu’on en tire ; c’est pour l’employer à l’achat desobjets dont on aura besoin. Dans la réalité, on échange ce qu’on vendcontre ce que l’on achète ; la démonstration vous en a déjà été faite, maisje suis obligé de la remettre sous vos yeux, au moment où je vais vousexposer les conséquences de la théorie des échanges. Ils se résolvent endes trocs que l’on l'ait des produits entre eux ; d’où il résulte que c’est leurvaleur réciproque, et non la valeur de la monnaie, qui détermine la quan-tité de produits que nous pouvons acheter.
En effet, si j’ai des chapeaux à vendre, ne pouvant directement faireusage de l’argent que j’en tirerai, je devrai employer cet argent à l’achatd’un autre produit, d’un habit, je suppose. C’est donc la valeur relative deschapeaux et des habits qui m’importe; c’est elle qui rendra mon échangefavorable ou désavantageux, et non la valeur de l’argent relativement auxhabits et aux chapeaux. Car, si l’argent a beaucoup de valeur, j’en obtien-drai peu pour mes chapeaux ; mais aussi j’en donnerai moins pour avoirun habit. Un produit n’est pas cher, ou à bon marché, selon l’argent qu’ilcoûte, mais selon la quantité du produit qu’il peut vous procurer enéchange. Celui qui est le plus cher est celui dont on obtient la moins grandequantité en échange ; celui qui est le moins cher, est celui qu’on obtient enplus grande quantité. Pour ce qui est de la quantité de monnaie que l’onreçoit et que Ton donne, elle n’importe à personne, puisqu’une fois l’é-change complété, une fois que Ton a acheté les choses dont on a besoin, aumoyen de celles que Ton a produites, la monnaie n’est restée aux mains depersonne. Il a fallu en employer plus ou moins, selon que sa valeur propreétait plus petite ou plus grande; mais celle valeur n’a exercé aucune in-fluence sur la quantité de produits que vous avez pu acquérir.
C’est cette quantité de produits qu’il est possible d’acquérir avec un pro-duit, qui constate sa valeur. Tout produit vaut ce qu’il est capable d’ac-quérir. Et lorsque Ton veut comparer la valeur de deux produits, on com-pare les quantités d’un tiers produit que l’un et l’autre est capable d’ac-quérir. On dit que l’étoffe au moyen de laquelle on pourra obtenir deuxboisseaux de blé vaut deux fois autant que celle au moyen de laquelle onne pourra obtenir qu’un seul boisseau.
La monnaie étant un produit, et sa valeur (c’est-à-dire, la quantité dechoses qu’une certaine quantité de monnaie peut acquérir) étant bienconnue, elle est éminemment propre à ces sortes d’évalutions. Mais quandnous évaluons en monnaie une quantité un peu considérable de biens, unefortune de cinq cent mille francs, par exemple, ce n’est pas à dire que cette
22
i.