352
TROISIÈME PARTIE. - CHAPITRE IV.
ce qu’elle coûte. Mais, sans examiner ces difficultés en détail, arrivons d’unsaut à la plus grande de toutes. Admettons que la population d’un pays,ses capitaux, son industrie, n’opposent aucune borne à sa production; ilarrivera un point où les denrées alimentaires vaudront plus que le servicequ’elles peuvent rendre ; où la subsistance d’un jour coûtera plus que lesproduits d’un jour en quelque genre que ce soit. Quand l’agriculture auraété perfectionnée au point que le sol aura été amené à produire tout cequ’il est capable de produire, il faudra tirer des aliments d’un pays étran-ger. On pourra encore en obtenir en donnant en échange quelque autreproduit ; mais comme dans un progrès que Ton suppose constant, aprèsavoir tiré des denrées alimentaires du voisinage, il faudra les tirer d’unpeu plus loin, leur production, par la voie du commerce, deviendra deplus en plus dispendieuse, jusqu’à ce que, même par celte voie, la quan-tité de denrées alimentaires que Ton pourra se procurer par le travail in-dustriel d’un jour, ne sera plus suffisante pour subsister uu jour. Il est évi-dent qu’alors on ne produira plus la moindre augmentation de denrées ali-mentaires. Ces denrées étant celles que Ton peut le moins se dispenser deconsommer, celles dont le besoin se renouvelle le plus promptement, cesont elles qui mettent inévitablement un terme à la population, et par con-séquent à toute espèce de consommation. On n’y arrive jamais tout à coup.Les difficultés de la production se multiplient graduellement, et la popu-lation se développe de plus en plus difficilement; mais on conçoit un termequ’elle atteint, tantôt plus tôt, tantôt plus tard, selon la fécondité du pays,ses moyens de communication, soit au dedans, soit au dehors, selon lamanière de vivre de la nation et son administration.
C’est en effet le terme que ne peuvent dépasser la production et la con-sommation de quelque pays que ce soit; mais j’avoue que je n’en pourraisciter aucun qui ne fût encore bien loin de ce terme, s’il connaissait toutesses ressources et s’il savait en faire usage.
CHAPITRE IV.
Du prix courant et de la manière dont il s’établit.
Le prix courant est la quantité de monnaie pour laquelle on trouve cou-ramment à acheter ou à vendre un produit.
Après vous avoir dit que dans la réalité les produits ne s’achètent pas