DU PRIX COURANT.
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avec de l’argent, mais qu’ils s’achètent les uns par les autres, vous serezfondés à me dire : Pourquoi changez-vous de langage, et vous réduisez-vous à dire, comme tout le monde, qu’ils s'achètent avec de l'argent ? C’est,messieurs, parce que, dans mon esprit, un produit, la monnaie aussi bienque tout autre, les représente tous. Il serait sans doule plus exact de dire :la valeur courante d’un objet se compose de la quantité de chaque produitqu’on peut obtenir quand on l’offre à l’échange; mais je préfère simplifiercelte idée complexe, en choisissant un produit en particulier, celui qui,comme vous le verrez bientôt, sert d’instrument pour les échanges; etvous dire : un produit dont le prix courant est cinq francs, est celui dontla valeur égale celle de toutes les choses qu’on peut acheter avec cinqfrancs. Lorsqu’une fois le langage commun ne nous entraîne pas dans unefausse conception, je le préfère.
Dans la pratique, il y a toujours quelque petite latitude dans l’expres-sion du prix courant. On dit qu’une qualité donnée de café vaut de 170 à172 francs le quintal, parce qu’il y a toujours une légère différence de prixqui provient de la situation respective des contractants. Celui des deuxqui a plus de raisons de désirer que le marché se conclue, est toujoursobligé de payer un peu plus ou de recevoir un peu moins que l’autre. Lors-que j’entre chez un marchand de café pour en acheter, c’est parce quej’en ai besoin à l’instant môme; je veux m’en procurer quel que soit le cours.Le marchand n’est pas aussi pressé de vendre ; s’il ne réussit pas à vendresa marchandise aujourd’hui, il réussira à la vendre demain à une autrepersonne. De cette situation respective il résultera que je la paierai au plushaut du cours.
Si, au contraire, je vais lui offrir du café, il en est marchand; il en a dequoi satisfaire aux demandes prochaines qui peuvent lui être adressées ;j’ai plus besoin de vendre qu’il n’a besoin d’acheter : il ne voudra payerma marchandise qu’au plus bas du cours
; 1 Le même raisonnement peut-être appliqué à toutes les transactions dans les-
j quelles il entre un vendeuret un acheteur. Le célèbre économiste David Ricardoj avait commencé son immense fortune pendant qu’il était agent de change ou
j plutôt marchand d’effets publics 'stock-broker). Je lui demandai un jour comment
! il avait fait pour gagner tant d’argent. Il me répondit : « J’achetais, j’étais tou-
î| « jours disposé à acheter toutes les sommes d’effets publics qu’on m’offrait à
« vendre, et a vendre toutes celles qu’on me demandait à acheter, moyennant« 1/8 pourcent de différence dans le prix. Cette légère différence souvent ré-
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