DU PRIX COURANT.
355
Ainsi, même après qu’on est convenu de cette proposition, que le prixdes choses est en raison directe de la quantité demandée et en raison in-verse de la quantité offerte, il reste à connaître les causes du prix cou-rant dont cette offre et cette demande ne sont que l’effet.
La quantité de deux marchandises que Ton peut offrir pour le mêmeprix, c’est-à-dire ce qui constitue la différence de leurs prix respectifs,c’est, messieurs, la quantité de l’une et de l’autre que l’on peut produirepour les mêmes frais de production. On donne une livre seulement desafran contre cinq cents livres de blé, parce que la livre de safran coûteautant pour être cultivée, recueillie et portée sur le marché, que cinq centslivres de blé. Je dis qu’elle coûte autant, car si elle coûtait moins, onpourrait avoir du blé à meilleur marché en cultivant du safran qu’en cul-tivant le blé lui-même ; si les frais d’une livre de safran ne s’élevaientqu’à 54 francs, par exemple, si les frais de production de 500 livres deblé s’élevaient à 00 francs, et si néanmoins ces quantités de marchandisess’échangeaient mutuellement, on pourrait obtenir 500 livres de blé moyen-nant 54 francs seulement de frais ; pour faire une aussi bonne spéculation,on cultiverait plus de safran et moins de blé, jusqu’à ce que les quantitésrespectivement offertes exigeassent des frais égaux. Alors seulement onne serait pas intéressé à créer un de ces produits préférablement à l’autre.
Quand les choses valent accidentellement plus ou moins que leurs fraisde production, elles somi donc à un prix forcé qui tend sans cesse à re-prendre son niveau.
Ces observations montrent en outre que, lorsque nous faisons échangede deux produits, ce sont, dans la réalité, leurs frais de production quenous échangeons ; et que si nous réclamons une quantité de produits quiégale en frais la quantité de produits que nous donnons, c’est parce quechacun de nous est intéressé à ne pas donner plus pour obtenir moins.
Une fois que les frais de production ont déterminé le taux le plus basauquel la création d’un produit peut être entreprise et continuée, ce mêmetaux, combiné avec l’utilité propre de chaque produit et avec la richessedes consommateurs', détermine à son tour la quantité de chaque produit
1 La richesse des consommateurs, c’est la quantité de produits qu’ils sont ca-pables de produire de leur côté par leur industrie, leurs capitaux et leurs terres,d’où le principe établi dans le Chapitre II, que c’est la production qui favorisela production.