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Tome I.
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TROISIEME PARTIE. — CHAPITRE IV.

habitants. Le pris, de cette denrée ne baisse pas au niveau des facultésdu peuple : ce niveau est au-dessous des frais de production des souliers.Mais des souliers n’étant pas à la rigueur indispensables pour vivre, lesgens qui sont hors d’état de s’en procurer portent des sabots, ou bienvont les pieds nus.

En réunissant toutes les quantités d’un produit que les particuliers d’unenation peuvent et veulent consommer (^lorsqu’il est à un certain prix), oua la quantité totale de ce produit que la nation demande (à ce prix-là);et la quantité qu’on produit pour celle nation se proportionne naturelle-ment à la quantité qu’elle demande.

Au prix de soixante francs la livre, il est possible que l’on demande àconsommer en France une quanLilé de dix milliers de livres de safran.Or, celle quantité sera précisément celle que Ton cultivera et que l’on pro-duira; et la raison en sera comprise aisément. Si la France n’achète quedix milliers de safran à 60 francs, c'est parce qu’elle ne veut consacrer àcette consommation qu’une somme' totale de 600 mille francs. Si l’on enfaisait plus de dix milliers, si Ton en faisait douze, la France n’aurait pasplus d’argent, ou de toute autre valeur, à y consacrer; il faudrait doncdonner les douze milliers pour la même somme de 600 mille francs ; c’est-à-dire, qu’il faudrait donner la livre pour 50 francs, lorsqu’elle reviendraità 60 francs. On perdrait.

Si, par une supposition contraire, au lieu de 10,000 livres de safran ,on n’en cultivait que 7,500 livres, la France pouvant consacrer à ce pro-duit 600 mille francs, cette somme, répartie sur 7,500 livres, porterait leprix du safran à 80 francs la livre, c’est-à-dire à un prix qui excéderait de20 francs les frais de sa production, et qui serait un stimulant pour aug-menter celle production jusqu’à ce qu’elle fût portée à dix milliers, quan-tité où celte denrée ne vaudrait plus que ce qu’elle aurait coûté à produire '.

1 Pour simplifier cette démonstration, j’ai omis de faire mention d’un effetqui en changerait les termes, mais qui ne l’empêcherait pas d’être concluante.Si la rareté du safran en élevait le prix, il ne se présenterait plus la même sommetotale pour en acheter, parce que cette somme totale est offerte en partie par desgens qui ne pourraient pas payer ce produit au delà de 60 francs, et n’en deman-deraient plus s’il était plus cher. Mais il y aurait toujours un certain nombre dedemandeurs, quel que fût le prix ; et si ce prix allait à 80 francs, lorsque les fraisde production ne s’élèveraient qu’à 60 francs, on serait toujours intéressé à mul-tiplier le safran jusqu'à ce qu’il fût tombé au niveau de ses frais de production-