DU PRIX COURANT.
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C’est ainsi que les frais de production bornent la quantité de chaqueproduit qui est demandée, et qu’il suffit des suggestions de l’intérêt per-sonnel de chaque producteur, pour que l’on ne fasse de chaque produitque la quantité qu’on en peut consommer aux prix où le portent ses fraisde production.
Ces diverses hypothèses sont fondées sur la supposition que les moyensde production du produit dont il s’agit, du safran, par exemple, ne sontpas bornés; que beaucoup plus de terrains qu’il n’en est besoin sontpropres à cette culture; et qu’au prix de 60 francs la livre, on peut multi-plier le safran de manière à satisfaire toutes les demandes qui pourraienten être faites. Cela n’est pas le cas pour tous les produits. Il n’y a qu’unequantité bornée de terrains propres à produire les vins fins. Si les servicesproductifs que rendent les vignobles de la Côte-d’Or ne se payaient pas pluscher que les services rendus par les vignobles de Surène, la demande del’excellent produit qui en sort excéderait beaucoup la quantité qui peut enêtre fournie. Qu’arrive-t-il? Le prix du vin de Bourgogne monte jusqu’àce point où la hausse du prix en fait cesser la demande ; et le prix auquelles consommateurs consentent à acheter la quantité cle vin que fournissentles premiers crûs, permet aux propriétaires de ces premiers crûs de louerchaque arpent de leurs vignobles plus cher qu’on ne paie le loyer de chaquearpent du côleau de Surène, c’est-à-dire, de vendre le service de leur ins-trument, de leur vigne, plus cher que le service d’un autre bien-fonds.
Au fond, l’échange des produits entre eux n’est, ainsi que j’ai déjà eulieu d’en faire la remarque, que l’échange des services productifs dont cesproduits sont les résultats ; mais il y a certains services productifs qui sontplus chers que d’autres, en raison du goût des consommateurs pour leproduit auquel seuls ils peuvent concourir. Dans un pays riche et oùrègne le goût des beaux-arts, un peintre habile vendra deux mille écusun ouvrage qui lui aura coûté quatre mois seulement, ou 120 journéesde son temps ; et, avec ces deux mille écus, il achètera des étoffes qui au-ront coûté deux ou trois mille journées de travail. Son tableau né se vendranéanmoins que pour la valeur des frais de production ; et la preuve, c’estque les marchands de tableaux ne gagnent pas plus que les marchandsd’étoffes; mais dans ces frais de production se trouve le salaire d’un tra-vail et d’un talent rare et fortement apprécié; ce qui les a fait monter àun taux dont la valeur du produit s’est ressentie.
David Ricardo soutient que le prix courant des produits est toujoursdéterminé par les frais de production ; et il a raison. Mais il en tire la