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TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE IV.
conséquence que l'étendue de la demande.n’influe pas sur ce résultat ; etje crois qu’il a tort; car l’étendue de la demande fait monter le prix cou-rant des services nécessaires pour l’espèce du produit, et le produit de-vient plus cher, quoiqu’il n’exeède pas les frais de production*
Pour que la conclusion de Ricardo fût soutenable, il faudrait que tousles services productifs fussent également propres à tous les produits;mais comme ce n’est jamais le cas, comme il y a des services plus rares etplus chers que d’autres, comme on offre une plus grande quantité deceux-ci pour obtenir une moins grande quantité de ceux-là, le prix deleurs produits respectifs, quoique égal dans les deux cas aux frais de pro-*duction, s’élève en proportion de la demande qu’on en fait et en raisoninverse de la quantité qu’on en peut fournir ; et, par la même raison, 1©prix des produits baisse d’autant plus qu’il sont plus offerts et moins de-mandés, c’est-à-dire, d’autant plus que les services dont ils sont le résultatse trouvent plus offerts et moins demandés.
C’est à cela, ce me semble, que se réduit la théorie de l’offre et de lademande des produits. Elle suffît pour expliquer la marche naturelle deschoses, la manière dont elles se comportent, lorsqu’elles sont abandon-nées à elles-mêmes ; mais, au milieu des lois et des erreurs qui dominentla société, il arrive fort souvent que leur prix reçoit d’autres influences quecelles qui naissent des frais de production et des besoins des consomma-teurs. Alors la cause accidentelle agit aussi longtemps qu’elle dure, etla loi générale reprend peu à peu son empire lorsqu’elle n’est plus con-trariée.
Quelquefois on fixe, on taxe le prix des denrées, et l’autorité empêche,autant qu’elle peut, que les denrées ne soient vendues au-dessus ou au-dessouS de ce prix. Ce règlement ne fait pas que le prix de la taxe soit lavaleur réelle de ja marchandise ainsi taxée. II en arrive seulement qu’onpaie cette marchandise un prix qui n’est pas le sien, et duquel il résulteune perte abusive ou un gain abusif pour les producteurs. C’est comme sil’autorité rendait une ordonnance ainsi conçue : « Chaque fois que vous« achèterez telle chose, vous donnerez au marchand, ou le marchand« vous donnera telle somme en sus du prix naturel. » C’est un déplace-ment de richesse voulu par une autorité abusive, et non un échange devaleurs égales.
On en a d’assez fréquents exemples dans la vente du pain, surtout dansles grandes villes. Les boulangers de Paris, à des époques où le blé étaitcher, ont été contraints de donner pour 14 sous un pain qui leur en coûtait