DU PRIX ORIGINAIRE DES PRODUITS.
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agréable; on voyage plus souvent, plus vite et plus commodément; on jouitd’une infinité de produits amenés des extrémités de la terre.
Représentez-vous un ancien habitant de Lutèce, ou de ses environs,un de ceux qui, antérieurement à la conquête de César, foulaient le terrainoù nous sommes, et qui se trouverait tout-à-coup transporté dans l’appar-tement d’un de nos artisans, chez un bottier, un serrurier, un tailleur,de nos jours : en voyant des vitres à ses croisées, en apercevant sur sacheminée une pendule, et derrière lapendule une glace répétant la chambreentière, en observant que les murs de son appartement sont couverts depeintures élégantes qui ne sont autres que des papiers, et parmi ces or-nements des gravures en taille-douce encadrées dans des bordures d’or,et beaucoup d’autres superfluités, ne pensez-vous pas qu’il dirait en soncœur : On m'a introduit sans doute chez un des princes du pays? Et lors-qu’il verrait sur la femme et sur les cillants de cet artisan des vêtementsd’une fine étoffe de coton et des rubans de soie; lorsqu’il apercevrait desmeubles construits en bois d’acajou, apporté d’un monde dont il ne soup-çonnait pas même l’existence ; lorsqu’il verrait consommer du sucre, ducafé, du poivre et d’autres produits venus de plusieurs milliers de lieues ;lorsqu’il serait ébloui par une lampe qui répand autant de clarté à elleseule que plusieurs flambeaux ; il jugerait pour le coup que notre artisan,notre marchand en boutique, est incomparablement plus riche que n’ajamais été le chef de ses druides.
Il ne se tromperait pas, puisque cet artisan, avec ses profits tels quels,peut jouir de tout ce qui aurait excédé la portée des premiers magistratsdes Gaules. Voilà ce que j’appelle des richesses réelles. Elles se sont cons-tamment accrues depuis les temps anciens jusqu'aux nôtres ; chaque fqisque le genre humain s’est remis en marche, la condition de notre espèceest devenue meilleure qu’aux meilleures époques précédentes ; et au moyendes progrès nouveaux dont nous pouvons nous flatter, sa condition devien-dra meilleure encore ; la civilisation atteindra des classes encore trop re-tardées; mais il faudra pour cela que Tari de vivre en société se soit encoreperfectionné, et que les sciences morales et politiques soient plus généra-lement connues et appréciées.
Mais, même sous ce rapport, quels n’ont pas été nos progrès, du moinschez quelques nations, d’où ils se répandront, de proche en proche, cheztoutes les autres? Les produits matériels ne sont pas Tunique objet de nostravaux. Les produits immatériels font aussi partie des revenus de la so-ciété. Plusieurs maladies ont disparu, et Ton traite beaucoup mieux celles