UE LA NATURE ET UE L’USAGE UES MONNAIES
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à personne; lundis que nul homme n'achète de la monnaie (c’est-à-dire,n’acquiert de la monnaie par le moyen d’un échange) dans le but de la con-sommer; c’est toujours pour la revendre (c’est-à-dire, pour la donner enéchange de quelque autre chose qu’il se propose de consommer).
Sous ce rapport, laqualité qu’on désire essentiellement dans la monnaie,c’est qu’elle conserve sa valeur depuis l’instant où ou la reçoit jusqu’à celuioù on la donne; autrement, on ne recevrait plus, en échangeant ce quel’on vend contre ce qu’on achète, une marchandise égale en valeur à cellequ’on aurait donnée; on subirait une perte quelconque. Nous verronsbientôt quel est le fondement de la valeur des monnaies et le degré desolidité dont celte valeur est susceptible. Mais dès ce moment je vous ferairemarquer qu’elle se mesure, comme celle de tout autre objet, sur la quan-tité de la chose qu’une autre personne consent à donner en échange. Sipour une once de monnaie d’or, toute autre personne consent à me donnerquinze fois plus de blé, ou de toute autre marchandise, que l’on ne m’endonne pour une once de monnaie d’argent, j’en conclurai que la monnaied’or, à poids égal, vaut quinze fois plus que la monnaie d’argent.
Je vous ferai remarquer en outre que celte valeur delà monnaie ne s’éta-blit point, et ne peut pas s’établir arbitrairement et d’avance, puisqu’elleest le résultat du libre accord qui a lieu entre le vendeur et l’acheteur, aumoment qu’ils conviennent d’un prix, et que nul pouvoir ne peut les con-traindre à conclure un marché qui ne leur conviendrait pas. Quelles quesoient les dispositions des lois, vos pièces de monnaie valent davantage,si elles acquièrent une plus grande quantité de marchandises ; elles valentmoins, si elles en acquièrent une moins grande quantité. Même en Tur-quie, si un pacha vous force à donner pour deux sequinsune marchandisequi en vaut trois, il vous vole un sequin, mais il ne peut pas faire que deuxsequins vaillent autant que trois.
Lorsqu’on est exposé à recevoir forcément une monnaie pour plus qu’ellene vaut, on se précautionne contre une semblable violation de propriété;on cache sa marchandise, on traite secrètement, on stipule des conditionsqui déguisent une partie du prix. Jamais des échanges inégaux ne de-viennent d’un usage réglé et constant, et toujours il en faut revenir à celtevérité, que l’argent vaut ce qu’il achète et ne vaut ni plus ni moins; etcette valeur, qui est fixée dans un marché conclu, n’est pas une règle, etne peut pas être une règle pour le marché suivant. La valeur réciproquede chaque marchandise, c’est-à-dire, de la monnaie et de la denrée, se fixede nouveau à chaque nouveau contrat.