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Tome I.
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DE LA NATURE ET DE L'USAGE DES MONNAIES.

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échange une autre valeur égale, cet avantage lui est commun avec toutautre produit ; la possibilité de troquer un produit quelconque ne suffit paspour qu’on l’appelle un signe. Tous les jours on troque un cheval contreun cabriolet; il ne s’ensuit pas que l’un soit le signe de l’autre. L’hommequi porte 25 louis dans sa poche n’est pas plus fondé à nommer cellesomme le signe d’un cabriolet qu’il pourrait acquérir pour 25 louis, quel’homme qui passe à cheval n’est fondé à nommer son cheval le signe dumême cabriolet, quoiqu’on fût très disposé à céder la voiture pour posséderl’animal.

La valeur qui est dans une chose, en procurant à celui qui la possèdela faculté d’acquérir indifféremment tout autre objet de valeur pareille, nesuffit pas pour en faire un signe, pour signifier qu’il en est véritablementpropriétaire; car sa propriété sur ces autres objets dépend d’un contrat,d’un marché qui est libre et ne dépend pas uniquement de lui.

Nous verrons plus lard qu’il existe des signes représentatifs de la mon-naie, tels que des billets de banque, des lettres de change, parce que ceseffets n’ont de valeur que celle des monnaies qu’ils donnent le droit derecevoir ; mais, quant à la monnaie, elle n’est pas le signe : elle est la chosesignifiée. EHe ne représente pas une valeur, elle est une valeur. Celui quivend ne la reçoit que dans la conviction que la valeur qui est en elle égalela valeur de la marchandise qu’il fournit. Celui qui achète, de son côté,a la conviction qu’il donne une valeur réelle pour avoir une valeur réelle.

Nous trouvons ici un exemple qui nous montre dans quelles erreurspeut entraîner une fausse dénomination. De ce que la monnaie est le signedes valeurs, Montesquieu’ a tiré la conséquence que la monnaie d’un paysreprésente toutes les valeurs du pays; et une partie aliquole de la mon-naie, la même partie aliquole des denrées ou marchandises du pays. Pourtoute personne qui a quelques notions sur la somme du numéraire et surcelle des marchandises, ce résultat est véritablement absurde.

D’abord, on ne sait pourquoi Montesquieu ne fait pas de la monnaie lesigne représentatif des biens-fonds, des maisons, et des choses qui com-posent nos capitaux engagés; car on achète ces choses avec de l’argent,aussi bien que les denrées et les marchandises. Or, en joignant aux valeursmobilières les valeurs foncières d’un pays, on a une somme de valeursimmensément plus grande que celle des monnaies qui, suivant Montes-

’ Esprit des Lois, liv. XXII, cliap. 7.