DE LA NATURE ET DE L’USAGE DES MONNAIES.
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de la nature des choses ; et quand les écus, sous Louis XIV, furent réduitsà une demi-once, il arriva qu’ils n’achetèrent plus que trente livres defroment au lieu de soixante'.
La valeur des mounaies sert fréquemment à donner une idée de la va-leur de tout autre bien, à en faire l’appréciation. On estime qu’une étoffevaut 20 francs l’aune, qu’un bien fonds vaut 100,000 écus ; et véritablement,si ces choses sont bien appréciées, la somme nous donne une idée assezexacte de leur valeur, même sans que ce prix soit constaté par une venteou un achat. La multitude d’achats et de ventes que chacun est appelé àconclure, soit dans ses affaires, soit simplement pour satisfaire à ses con-sommations , donne à tout le monde une idée plus nette de la valeur del’argent que de la valeur de toute autre marchandise. Tout le monde estmarchand de monnaie, puisque tout le monde a des emplettes à faire ; etla valeur de la monnaie, quoique variable, ne Test pas autant que celle dela plupart des autres marchandises dont la production, les qualités et lademande, sont sujettes à de plus grandes vicissitudes. Si Ton me disaitqu’une aune d’une certaine étoffe vaut autant qu’un hectolitre de blé, ou
1 Ces démonstrations sur la nature des monnaies ne sont point superflues,puisque les mêmes erreurs sont journellement reproduites par des hommes qu’ondevrait supposer profondément instruits en ces matières. M. Dufresne de Saint-Léon, homme habile dans les finances publiques où il a toujours rempli des fonc-tions importantes, dit, dans ses Études du crédit public, publiées en 182J : « Le« numéraire n’est pas une richesse nationale ajoutée à la masse des autres ri-« chesses, et toute son utilité consiste, quant à la nation, dans son caractère« d’évaluateur commun et de signe représentatif. » (Page 202).
Comment peut-on dire qu’une chose pourvue d’une valeur échangeable aussiréelle que le numéraire n’est pas une richesse, et qu’elle n’est qu’un signe? Lerôle d’évaluateur n’est pas une des utilités du numéraire. Quand je dis que mamaison vaut cent mille francs, je ne fais pas usage d’une somme de cent millefrancs en écus. Il n’en coûte pas un sou de plus pour évaluer une terre d’unmillion qu’une paire de gants.
On dit quelquefois : à quel propos établir des principes aussi simples que per-sonne ne songe à contester? Je réponds que les principes les plus simples sontceux sur lesquels reposent les plus importantes vérités, et qu’i/s sont presquegénéralement ignorés. Tous les jours on entend dire, tous les jours on lit, tantôtque les monnaies ne sont pas une richesse, tantôt qu’il n’y a pas d’autres richessesréelles, et on fait des lois en conséquence.