TROISIÈME PARTIE. - CHAPITRE VI.
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que deux livres de thé, je n’en connaîlrais pas la valeur aussi bien quelorsqu’on me dit qu’elle vaut 20 francs. Et si j’en cherche la raison, je netarde pas à m'apercevoir que j’ai été si souvent dans le cas d’acheter desobjets de 1 franc, de 2 francs, de 5 francs, que j’ai appris à concevoir promptentent l’idée de toutes les choses que l’on peut obtenir pour 20 francs. Or,la valeur de 20 francs est déterminée par la quantité des choses qu’on peutacquérir pour celte somme de monnaie.
Cela suffit-il pour qu’on lui donne le nom de mesure ? Je ne le pense pas.Sans doute lorsque deux objets qui ont un cours établi sont en présence,leur prix relatif est une indication de leur valeur relative. Tout autre pn>duit servirait au même but : un meuble qui vaut autant que deux hecto-litres de blé, a une valeur double de celui qui ne vaut qu’un hectolitre deblé. S’ensuit-il que le blé soit une mesure? Le caractère d’une mesure estd’être invariable elle-même, de manière qu’appliquée, à différentes épo-ques, au même objet, on sache les variations qu’il a subies; ou à des objetsdistants, quel est le rapport de leurs grandeurs. La monnaie, ni à vrai direaucun autre objet, ne peut servir, en raison de sa valeur, à mesurerexactement la valeur d’un autre objet, parce que la valeur de tout objetquelconque est variable de sa nature, et qu’en conservant soigneusementl’objet qui aurait servi de mesure, on ne lui trouve plus, dans un autretemps ni dans un autre lieu, la valeur dont il était pourvu.
Depuis trente ans, nulle mine importante d’argent n’a été découverte ;le système de nos monnaies n’a subi aucune modification : cependant unesomme de dix mille francs en argent ne donne qu’une idée lout-à-faitinexacte de la valeur de dix mille francs il y a trente ans. Lorsqu’un voya-geur nous rapporte que la base de la principale pyramide de Memphis adeux cents mètres de largeur, nous pouvons nous en former une idée pré-cise, parce que la longueur d’un mètre n’a pas seusiblement varié lors-qu’il a été transporté d’Égypte en France ; mais lorsque le même voya-geur nous rapporte qu’au Caire un chameau vaut cinquante sequins, nousn’avons qu’une idée très vague de sa valeur, même quand nous savons ceque le sequin contient d’or ou d’argent, parce que le métal lui-même n’apas la même valeur au Caire et en Europe. Un Anglais qui apporte unepièce d’or de Londres à Paris éprouve qu’elle vaut plus après avoir fait levoyage, parce qu’elle achète plus de choses à Paris qu’à Londres.
La monnaie est donc un bon appréciateur des objets qui se trouventtrès rapprochés de nous, parce que le grand usage que nous en faisonsnous apprend la valeur qu’elle possède au temps et au lieu où nous sommes;