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Tome I.
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TROISIEME PARTIE. — CHAPITRE IX.

reste dn monde. Sans doute, si la production des mines diminuait consi-dérablement ou devenait nulle, le monde perdrait un objet d’échange, demême que des produits qui lui conviennent et des débouchés favorablesà ses producteurs de toutes les nations. Cependant les métaux précieuxsont au nombre des produits dont on se passe avec le moins d’inconvé-nients. Comme marchandises deluxe on consommerait moins de dorureset de meubles d’argent. Comme monnaies, les déperdilions n’étant pasremplacées, les mêmes pièces, devenant par degrés plus précieuses, ac-querraient par degrés une plus grande quantité de tout autre produit;avec le même nombre de pièces, avec le même poids d’argent ou d’or, onserait plus riche; mais cet effet serait probablement très lent, soit parceque chacun est très intéressé à la conservation des métaux précieux, soitparce qu’on trouverait des substituts à la monnaie dans les signes repré-sentatifs par lesquels on peut la suppléer en grande partie.

Au reste, une disette de métaux précieux n’est nullement à craindre.Dans tous les temps, les Etats qui posséderont les Cordilières, seront vi-vement intéressés à cultiver leurs produits. Les propriétaires des minesen tirent leurs revenus, et les gouvernements des contributions. Ils sontintéressés de même à l’exportation des métaux : car si l’on en produisaitsans les exporter, leur valeur déclinerait ; on abandonnerait successive-ment, d’abord une mine, puis une autre, quand elles ne paieraient plusleurs frais, et Ton perdrait ainsi celte source de revenus.

On serait plutôt fondé à concevoir une crainte opposée ; car on peutsupposer que les mines deviendront plus productives à mesure que les lu-mières et l’industrie se répandront ; et l’indépendance des États nouveauxest de nature à favoriser leurs développements. Si leurs produits ont déchumomentanément à cause des crises politiques, ces produits ne tarderontguère à revenir à leur ancien taux et à le surpasser. Suivant M. Brongniart,dans son Traité de Minéralogie , les Cordilières seules, avant l’insurrec-tion, fournissaient chaque année 875,000 kilogrammes d’argent. On éva-luait à 72,500 kilogrammes la quantité extraite tous les ans des autresmines du monde. Ce qui fait en tout 947,500 kilogrammes d’argent pur,valant au cours du jour environ 190 millions de notre monnaie. Pour peuque cette prodigieuse quantité d’argent continue à être produite, que de-viendra-t-elle? Cette marchandise ne s’avilira-t-elle pas davantage, à me-sure que les années nous apporteront un si riche tribut?

Messieurs, quoique l’argent soit une marchandise durable et assez pré-cieuse pour que chacun de ceux entre les mains de qui elle passe soit in-